18.01.05

Par ici la sortie, de Jean-Marc Moutout [Cinéma]
Pour Noël, je me suis fait offrir le DVD de Violence des Echanges en Milieu Tempéré. Sur la galette dédiée aux suppléments figure un documentaire inédit de Jean-Marc Moutout, Par ici la sortie dans lequel le réalisateur revient sur la campagne de promotion du film. On y trouve les réactions de nombreux spectateurs à l'issue de projections en avant-première. Car, comme pour tout long-métrage qui se respecte, la campagne de promotion s'est accompagnée d'une série de rencontre-débats à travers toute la France. L'ensemble se révèle très intéressant et permet éventuellement d'éclairer l'oeuvre de Moutout sous un jour nouveau. On y voit beaucoup de réactions de personnes issues des fameuses classes ouvrières ; l'occasion de débattre autour de ce qu'il faudrait faire pour résister face à des mécanismes qui semblent dépasser les destinées individuelles ou collectives (puisque de grandes entreprises peuvent mettre à la porte des usines de 200 à 500 salariés sans devoir se préoccuper de considérations éthiques). Et aussi de réfléchir aux limites de chacun par rapport à la compromission de ses propres valeurs : n'est-il pas dangereux de laisser couler les choses, de laisser les audits et la consultance régner sous prétexte que les décisions viennent d'en-haut ? Les ouvriers ne font rien car ils n'ont pas le pouvoir. Les consultants acceptent de faire le sale travail car il y aura toujours quelqu'un d'autre pour les remplacer au cas où ils refuseraient de faire le sale travail. Les chefs d'entreprises recourent aux techniques d'audit et d'optimisation des flux de production car ils se retrouveront à la porte s'ils ne satisfont pas leurs actionnaires ... Le cercle est vicieux et nul ne voit comment en sortir. C'est la faute aux consultants, aux patrons, aux actionnaires, à la mondialisation. Et l'on ne peut rien y faire. Cette acceptation passive d'une évolution qui nous dépasserait, ce fatalisme serait, selon une spectatrice, le premier pas vers la barbarie. La même que le monde a connu pendant la seconde guerre mondiale.

Le reportage fait aussi ressortir les limites du long-métrage de Jean-Marc Moutout : le film est un révélateur de la situation actuelle, il pose des questions mais n'esquisse guère de solution. Une spectatrice regrettera ainsi de ne pas y trouver d'espoir. Mais le réalisateur semble avoir délibérément préféré faire de son oeuvre le support d'un dialogue plutôt qu'un manifeste de résistance aux dogmes du néo-libéralisme. La création de ce documentaire en témoigne. Jean-Marc Moutout précise d'ailleurs que filmer ses rencontres avec les spectateurs a énormément nourri sa réflexion.
Seul bémol : à l'exception de quelques étudiants marchant sur les traces des personnages de Violence des Echanges en Milieu Tempéré et d'une personne passée de la consultance à l'animation radiophonique, on ne voit aucun consultant donner ses impressions. Choix délibéré du réalisateur ? Absence de cette "catégorie" de population lors des projections ? La question reste posée.

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