13.09.04

Les IgNobel : quand la recherche sait rire d'elle-même [Recherche]
Insolite article que ce papier publié cette semaine dans la rubrique Sciences de Courrier International sous le titre "De la nécrophilie homosexuelle chez le canard colvert". Il y est question des IgNobel ("Ig" pour ignoble), ces prix décernés chaque année à des recherches improbables et loufoques. En voici quelques exemples, histoire de bien fixer les idées :
- en 2003, les découvreurs de la fameuse loi de Murphy (aussi connue sous le nom de loi de l'emmerdement maximum) furent "couronnés" ;
- la même année, des scientifiques australiens ont obtenu le IgNobel de physique pour leur "analyse des forces nécessaires pour traîner un mouton sur différentes surfaces" ;
- Richard Seed, prônant le clonage humain pour relancer l'économie mondiale, a reçu le IgNobel d'économie ;
- Jack et Rexella Van Impe ont obtenu, en 2001, le IgNobel d'astrophysique pour leur théorie selon laquelle les trous noirs satisfont toutes les conditions techniques requises pour coïncider avec la localisation de l'enfer ;
- c'est en montrant que les têtards préfèrent se regarder dans un miroir avec leur oeil gauche plutôt que le droit que le biologiste Richard Wassersug a décroché, en 2000, le IgNobel de biologie.
- etc.

Dans son article, Marie-Pier Elie revient, à juste titre, sur l'impact que toutes ces recherches a priori absurdes peuvent avoir en pratique. Elle illustre son propos en évoquant Peter Barss, professeur au département d'épidémiologie et de biostatistique à l'université McGill (Québec), qui a obtenu un IgNobel pour son travail sur les chutes de noix de coco. Une étude qui trouve des applications concrètes dans certains pays : en Nouvelle-Guinée, par exemple, où, chaque semaine, plusieurs personnes doivent se rendre aux urgences après qu'un de ces fruits ne leur est tombé sur la tête. Cet IgNobel a donné à Peter Barss une visibilité plus importante qu'il n'en avait jamais eue : il a alors pu profiter de la tribune que les medias lui offraient pour promouvoir son discours sur l'importance de la prévention des accidents.

L'IgNobel est donc loin d'être un simple délire partagé par quelques scientifiques à l'humour vaseux. Chaque année, plus de 5000 dossiers sont soumis aux IgNobel et les postulants se déplacent à leurs frais à la cérémonie de remise de prix qui se tient à Harvard. D'ailleurs, les IgNobel 2004 seront décernés le 30 septembre prochain.
Dans le jury figurent aussi d'authentiques prix Nobel ; à ce propos, Marc Abrahams, le créateur des IgNobel, précise que "lorsque l'IgNobel rencontre le Nobel, souvent, c'est ce dernier qui se montre le plus impressionné."

Au final, on retiendra surtout que Marc Abrahams a certainement percé un des "mystères" entourant le milieu de la recherche :
"Pour faire un travail frustrant comme celui des scientifiques, il faut être doté d'un excellent sens de l'humour. Ils consacrent des journées entières à essayer de comprendre ce que personne ne peut comprendre. Seul le sens de l'humour permet de dissiper cette source de frustration permanente."

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