19.04.04

La France et la criminalité sexuelle à l'encontre des enfants [Société]
A l'heure où les questions sont, en Belgique, toujours très nombreuses quant aux errements relatifs à l'affaire Dutroux, il est frappant de constater que la France, hormis dans des débats tels que ceux organisés dans l'émission C dans l'Air de France 5, ne semble guère s'interroger sur sa manière de traiter les affaires de criminalité sexuelle à l'encontre des enfants.

Pourtant, il y a matière à s'inquiéter. En 2003, Juan Miguel Petit, rapporteur spécial pour l'ONU sur la vente, la prostitution et la pornographie impliquant des enfants a remis un rapport édifiant suite à la mission qu'il a menée en France [via C dans l'Air du lundi 19 avril]. Il pointe les carences du dispositif français et émet un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles figure notamment :
"24. Étant donné le nombre de cas laissant apparaître un grave déni de justice pour les enfants victimes de sévices sexuels et les personnes qui tentent de les protéger, il serait bon qu'un organe indépendant, de préférence la Commission nationale consultative des droits de l'homme, mène de toute urgence une enquête sur la situation actuelle.

[...]

28. Le Conseil de l'ordre des médecins français doit de toute urgence revoir ses procédures, de façon à soutenir, au lieu de les condamner, les médecins qui font part de leurs soupçons de sévices à enfant.
"
Au Ministère de la Justice, le rapport agace. On apprenait dans Le Parisien du 7 avril 2004 qu'un conseiller du Garde des Sceaux, Dominique Perben, affirmait :
"C'est une étude périmée. M. Petit est venu nous rendre visite il y a plus de deux ans. Il n'est resté que quatre jours et a été cornaqué par les associations les plus radicales. Cela donne une description caricaturale et souvent injuste."
Avant de finalement concéder :
"Ceci dit, depuis son passage, nous avons beaucoup travaillé sur cette question."
Ainsi, le Ministère de la Justice met l'accent sur les initiatives récemment lancées pour lutter contre la pédophilie : allongement du délai de prescription, possibilité pour les associations de se constituer parties civiles ou la mise en place dans les hôpitaux pédiatriques d'eunités d'accueil réservées aux enfants maltraités", etc.

Ces mesures sont-elles suffisantes ? Notre pays est-il véritablement irrépochable ? Même si le Ministère de la Justice prétend que le rapport de Juan Miguel Petit est dépassé, il est utile d'y jeter un oeil. Pour avoir une autre vision que la simple version "officielle" du gouvernement.

Et on ne m'ôtera pas de la tête qu'un vaste débat public sur le sujet est indispensable pour améliorer la manière dont la France traite les affaires de pédophilie.

Se voiler la face sur un tel sujet est criminel.

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