04.01.05

Corporatisme mon amour ! [Réflexif]
Un billet à débattre chez Berewt :
J'ai toujours détester l'idée que l'on devait constituer un esprit de corps autour de son école, de son cursus, de son outil de blogging ou de son choix de sous-vètements. Je pense sincèrement qu'il y a à peu près autant de vision de son école ou d'une thèse qu'il y a d'étudiants dans une promo ou de thésards. Oui, la vie des thésards est constitué d'événements souvent similaires. Et alors ?

26.12.04

Les absents [Réflexif]
C'est bien souvent au moment des fêtes que les absences se révèlent les plus terribles. Les absents, ce sont ces gens qui se sont éclipsés du présent, que nous ne voulons plus nommer, que nous ne pouvons plus nommer de peur de gêner, de froisser, de peiner. La réaction de nos interlocuteurs étant imprévisible, ces noms sont devenus "tabous". Alors nous faisons attention à ce que nous disons. Nous prenons soin de ne pas faire de référence à ces personnes, aux moments partagés avec elles. Ne surtout pas mettre les pieds dans le plat. Eviter toute sensation de malaise.

Pourtant, n'y a-t-il rien de plus terrible qu'effacer la vie de gens en faisant comme s'ils n'avaient pas existé ?

D'ailleurs, qui sait, peut-être que ce sera nous qui, demain, aurons disparu de la vie des personnes avec lesquelles nous sommes aujourd'hui.

25.08.04

Pierre Bourdieu, la télévision et Internet [Réflexif]
Quand on dévore la presse, il y a un danger qu'on perd parfois de vue : on peut très bien avoir une connaissance assez vaste des théories soutenues par toute une panoplie de penseurs, philosophes, anthropologues, sociologues, mais sans les connaître véritablement, sans les avoir jamais lues dans le texte. C'était partiellement mon cas avec Pierre Bourdieu, et c'est une des raisons qui m'ont poussé à me pencher sur certains de ses livres au cours de mes vacances.

Suite aux conseils avisés de Bertrand, je me suis plongé dans Sur la télévision, la retranscription des deux cours télévisés du Collège de France donnés par Pierre Bourdieu en 1996. Un livre passionnant qui décrypte avec lucidité le mécanisme des medias. Une analyse qu'il est pertinent de mettre en regard avec le développement actuel d'Internet et de ce qu'on appelait, il y a une dizaine d'années, les "autoroutes de l'information". Comment Bourdieu aurait-il perçu l'essor actuel et futur d'Internet, lui qui écrivait :
"Or le temps est une denrée extrêmement rare à la télévision. Et si l'on emploie des minutes si précieuses pour dire des choses si futiles, c'est que ces choses si futiles sont en fait très importantes dans la mesure où elles cachent des choses précieuses. Si j'insiste sur ce point, c'est qu'on sait par ailleurs qu'il y a une proportion très importante de gens qui ne lisent aucun quotidien ; qui sont voués corps et âme à la télévision comme source unique d'informations. La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. Or, en mettant l'accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. Par ce biais, on s'oriente vers une division, en matière d'informations, entre ceux qui peuvent lire les quotidiens dits sérieux, si tant est qu'ils resteront sérieux du fait de la concurrence de la télévision, ceux qui ont accès aux journaux internationaux, aux chaînes de radio en langue étrangère, et, de l'autre côté, ceux qui ont pour tout bagage politique l'information fournie par la télévision, c'est-à-dire à peu près rien."

Sans vouloir jouer les prophètes de malheur, mais étant donnés ma perception d'Internet et la manière dont le réseau permet à certains - ceux qui savent se débrouiller pour rechercher l'information, ceux qui sont intéressés par une telle recherche - d'accéder à une information toujours plus pointue, il m'est d'avis que la division qu'évoque Pierre Bourdieu ne va qu'en s'accroissant. Et je vois mal comment il pourrait en être autrement tant Internet est, quoiqu'on en dise, un media relativement élitiste.

04.03.04

Une autre élection, une autre campagne ... [Réflexif]
Avertissement : ce qui suit est le post "jeune vieux con" de la semaine.

Dans mon Ecole, les mois de février-mars sont généralement dédiés à la campagne précédant l'élection du nouveau Bureau des Elèves (BDE). Après une première phase durant laquelle les élèves de première année motivés créent leurs listes (généralement composées d'une vingtaine de personnes avec des rôles plus ou moins bien définis) et cherchent des sponsors, il s'agit ensuite de séduire les élèves/électeurs. Pour cela, les listes rivalisent d'ingéniosité pendant le mois et demi que dure cette campagne électorale. Les messages qui submergent, depuis une dizaine de jours, les boîtes mails de tous les étudiants de l'Ecole en témoignent.
Extraits (les noms des listes ont été modifiés par pure charité) :
N'oubliez pas la soirée des YYY le Mercredi 10 mars au Bier Garten !!
Les YYY offrent un week-end au ski pour 2 personnes à celui qui finira son mètre de shooters le plus rapidement ( 5€ le mètre, seulement !!)
3 téléphones portables seront également offerts ainsi que de nombreux lots...[...]
Petit rappel pour le LAN YYY

Les inscriptions se feront sur place [...]
Comment ça va se passer ?
Vous vous pointez, quand vous voulez, les mains dans les poches (pas besoin de rapporter son PC) et on vous bichonne...

Venez nombreux, amusez-vous... et votez pour nous !
La liste XXX pense à vous!!!
Nous vous proposons de vous livrer gratuitement les croissants ce samedi à domicile!
Si ça vous intéresse, renvoyez votre adresse avec le nombre et le nom des personnes qui logent avec vous (si vous êtes en colloc') et l'heure à laquelle vous voulez être livré à l'adresse [...]
Et j'en passe des meilleurs.

"Et les idées ?", allez-vous me demander. Eh bien, elles sont purement secondaires. Certes, il se tient, quelques jours avant le scrutin, un "débats des prez'" au cours duquel les présidents des listes confrontent leurs idées. Mais tout cela n'est pour beaucoup que très secondaire. Ainsi, certaines listes reconnaissent parfois, après être avoir été élues, que leur programme était trop ambitieux. Pourquoi cette méprise ? Tout simplement parce que les listes s'étaient trompées sur le pouvoir véritable du BDE.

Car ce qui compte, au cours de cette campagne, ce n'est pas de bâtir des projets cohérents, mais plutôt d'organiser les événements les plus festifs, d'amuser, autant que faire se peut, les électeurs. Et pour être véritablement convainquant, organiser des opérations spéciales comme des soirées où l'alcool n'est vraiment pas cher, livrer des pains au chocolat à domicile, organiser des distributions de gateaux dans les salles, etc. Une majorité des élèves est aux anges.

Les quelques rabat-joies restant s'interrogent : est-ce que cela ne se rapproche pas de pratiques clientélistes ? Jusqu'où est-ce que ces campagnes iront : un billet de cinq euros gracieusement offert à chaque élève ? Les filles d'une liste faisant gracieusement don de leur corps aux nuées de mâles viriles qui rêvent de les étreindre (rappelons que, pour cette élection, 80% des électeurs sont des hommes) ?

Le pire, c'est qu'une fois le BDE élu, la plupart des étudiants se plaignent d'avoir été dupés sur la "marchandise", le carosse qu'on leur proposait s'étant transformé en citrouille une fois les élections terminées. La raison en est simple : beaucoup d'élèves ignorent (volontairement ou non, cela dépend des cas) le véritable rôle que joue un BDE au niveau de l'Ecole, les tâches administratives qu'il doit remplir, etc. Plutôt que d'organiser une campagne qui est une mascarade par rapport aux fonctions (majoritairement administratives) que devra ensuite remplir, pendant un an, la liste élue, ne faudrait-il pas plutôt faire prendre conscience aux élèves du rôle véritable du BDE ? Et cesser de les leurrer avec des opérations à la noix ?

Doit-on se réjouir de constater que la probabilité, pour une liste, d'être élue soit inversement proportionnelle au prix du mètre de bière qu'elle arrive à négocier avec les bars ?

02.03.04

Les stagiaires : une ressource en or ! [Réflexif]
Bix est actuellement en stage au sein de Bouygues Telecom. Il en profite pour faire une constation (pas si) innocente :
"Tant qu'on parle de stagiaires, Bouygues Telecom emploie entre 600 et 700 stagiaires par an, soit un peu près 10 % des effectifs permanents. Ne me dites pas qu'il ne s'y cache pas quelques CDI..."

Dans son édition du 26 février, Le Nouvel Observateur revient justement sur les stages en entreprise. L'article, intitulé "Les stages valent de l'or" souligne l'importance toujours plus grande accordée par les recruteurs aux stages qu'effectuent les étudiants au cours de leur formation. Car, en période de faible recrutement, les employeurs cherchent avant tout des jeunes avec des connaissances non seulement théoriques, mais aussi pratiques. Et pour acquérir cette expérience, un seul moyen : les stages. Ainsi, Jean-Louis Marques, directeur d'Altedia, division recrutement, explique :
"Il existe chez les DRH une véritable lecture des stages auxquels ils attachent de plus en plus d'importance."
Et Isabelle Calvez, DRH chez Accenture, de poursuivre :
"C'est à partir du stage de fin d'études que l'on va se faire une idée du choix de carrière du jeune diplômé."

Dans son papier, Jacqueline De Linares en profite aussi pour pointer du doigt le retard des universités en la matière. Car si les stages sont obligatoires en Grande Ecole et ce, dès la première année, ils sont généralement facultatifs en université.

L'article a le mérite de ne pas nier les avantages substantiels (en terme de coût de main d'oeuvre notamment) que représentent des stagiaires pour une entreprise. Citons un autre passage de cette intéressante enquête :
Ces entreprises profitent de cette main d'oeuvre quasi-gratuite (les indemnités de stage sont souvent à 30% du SMIC) plutôt que de créer des postes. "Certaines entreprises utilisent les stagiaires comme variables d'ajustement", confirme Philippe Monnin, professeur de stratégie à l'EM Lyon. Exemple : dans le service de gestion des ressources humaines d'une entreprise d'énergie, il y a trois postes avec le même intitulé. Deux sont occupés par des salariés en CDI, le troisième est réservé à une stagiaire de niveau bac+5 qui change tous les six mois. Chaque stagiaire est sommé de former son successeur.

Révélateur.

09.01.04

Et les ingénieurs sont les seuls créateurs d'innovation technologique ? [Réflexif]
Affirmation de Pascal Mercier, dans les commentaires de Loïc Le Meur :
"Les entrepreneurs sont les seuls et uniques créateurs d'emploies et de richesses (attention, je n'ai pas dits les patrons, j'ai dits les entrepreneurs, c'est à dire les créateurs de nouvelles sociétés)."

Cette phrase, énoncée sur le mode de la vérité générale, est de celle qui, de par sa gratuité, me plonge dans des abîmes de perplexité.

19.12.03

"Cesse d'avoir des centres d'intérêt dignes d'un enfant de huit ans !" [Réflexif]
Expérience révélatrice que celle vécue récemment par Nain de Jardin, prof qui a le "mauvais" goût (selon certains esprits bien pensants) de compter le cinéma d'animation et les mangas parmi ses passions :
La scène s'est déroulée il y a quelques semaines à l'IUFM.[...]
Je narrais mes soucis avec mes élèves, pour la préparation de mon mémoire. Ou comment j'ai du mal à acquérir l'autorité que doit avoir un professeur, et à quel point je ne suis pas considéré tel quel par mes 2MS.
Et là, la phrase qui tue.
"Mais peut-être faudrait-il que tu grandisses un peu, que tu soies plus adulte, pour qu'elles te considèrent comme un adulte"

Ouch.

Donc, il s'avère que je suis un adolescent attardé*. Car je lis des manga. Car je regarde des dessins animés. Car je joue aux jeux vidéos.

*attardé au sens "qui tarde à grandir", pas "retardé mental", je vous rassure quand même un peu, c'est pas des chacals à l'IUFM

C'est bien connu, ces activités sont destinées uniquement à un public de 15 ans.
Evidemment, la pire réaction à avoir face à une telle attaque frontale aurait été de m'énerver. J'anticipais déjà le coup du "Tu vois, tu te comportes comme un ado en réagissant violemment. Tu fais ta crise".
J'ai essayé d'argumenter mes choix, de justifier mes passions, de bien faire comprendre que si, il m'arrivait aussi de lire de vrais livres, avec plein de mots écrits petit et pas d'image. Qu'outre le cinéma d'animation, je m'intéressais également au cinéma, et que, contrairement à la majorité de mes collègues, ma vie n'était pas uniquement axée sur les maths ou la physique, et que oui, j'avais envie de me cultiver, d'élargir mon champ de vision sur bien des choses, sans me focaliser uniquement sur telle ou telle activité, considérée à tort comme puérile.
Bref, on n'était plus du tout dans une optique d'aide à un enseignant. Et quand bien même j'expliquais qu'en cours, j'incarnais un autre "Monsieur de Jardin", allant jusqu'à m'habiller différemment (chemise/pantalon classe/chaussures cirées) de quand je viens à l'IUFM en tant qu'étudiant (jean/baskets/T-shirt Pinpin le lapin), rien n'y faisait. Pour être un bon prof, je me devais de changer entièrement mon comportement, mon mode de vie. Bref, il fallait me formater.
Au bout de quarante minutes de ce petit jeu, le psychopédagogue, cet être étrange dont moi seul (et je ne me la pète pas, en plus) comprends les propos plein de figures de réthorique et de mots compliqués, intervient.

PP : "Bruno, tu fais du hand-ball depuis combien de temps ?"
Bruno, décontenancé : "Depuis que je suis en CM1, pourquoi ?"
PP : "Donc, si je résume bien, tu poursuis la même activité depuis ta tendre enfance. Si l'on prend pour référent la logique permettant d'affirmer que Matthieu est un adolescent attardé, car il n'a cessé les activités ludiques qu'il a découvertes durant sa puberté, je peux affirmer de manière inhérente que Bruno, pour sa part, stagne encore au stade infantile. Ce qui, de mon point de vue personnel, est loin d'être le cas. Pourquoi donc vouloir considérer que Matthieu, parce qu'il a des activités que des hautes sphères ont qualifié de régressives, est incapable d'agir en adulte ? Le problème qu'il expose ne vient pas de son propre comportement, mais de l'aisance de ses élèves à le désarçonner, et je me plais à penser que Bruno ou Cyril seraient dans une situation tout autant délicate à sa place."

Merci à lui. Du fond du coeur.

Cette mésaventure de NdJ met une fois de plus en valeur les catégorisations pleines de préjugés auxquelles aiment se prêter de nombreuses personnes.

Car, c'est bien connu, il y a les activité nobles et celles qui ne le sont pas. Dans ces conditions, si votre interlocuteur est borné, et s'il découvre une "faille" en vous (par exemple si vous avez le malheur d'aimer les bandes dessinées franco-belges/comics/mangas, d'être passionné par le cinéma d'animation, de jouer aux jeux vidéos, ou je ne sais quoi encore), vous êtes cuit : vous vous baladerez avec une étiquette sur le front, quoiqu'il arrive. Vous aurez perdu toute crédibilité à ses yeux. Vous risquez d'attendre longtemps avant de pouvoir remonter dans son estime.

Combien de fois ai-je vécu cela ? C'est d'ailleurs une des raisons qui m'a souvent poussé à me faire discret, dans certains contextes, sur les activités auxquelles je m'adonne pendant mon temps libre. Faire l'impasse sur des aspects de sa vie qui pourraient faire l'objet de jugements arbitraires.

Et des expériences comme celle-ci, on en vit à la pelle. Je me souviens du Festival International du Film d'Animation 2003 d'Annecy auquel j'ai assisté dans sa globalité.
Je faisais des résumés quotidiens pour MJ (voir par exemple les résumés du lundi ou du mardi). J'avais quelque peu sympathisé avec un journaliste d'un site Web dédié au cinéma (dont je tairais le nom par décence). Vu qu'il me voyait prendre quelques notes pendant les séances, il a fini par me demander ce que je faisais ; quand je lui ai expliqué sur quel site (Mangajima) je publiais ces chroniques, j'ai cru que j'avais subitement attrapé la peste. Il n'a même pas fait l'effort de me demander l'adresse exacte du site.
J'aurais écrit pour un site intitulé "Le Bel Art du Cinéma Point Com", son comportement aurait été tout autre.

Seulement voilà, mieux vaut aller au théâtre qu'aller voir un film d'animation, mieux vaut lire Dostoievsky qu'ouvrir un manga, mieux vaut regarder Envoyé Spécial que Buffy contre les Vampires, ... Et même si l'un n'empêche pas l'autre, dans l'esprit de beaucoup de gens, les deux sont incompatibles.

Pourquoi cette incompréhension fondamentale ? C'est le refrain classique : on a tôt fait de coller des étiquettes sur la tête d'une personne. C'est tellement plus facile que de chercher à la comprendre. Pourquoi respecter les goûts d'autrui alors qu'il est si facile, si reposant intellectuellement parlant de camper sur ses préjugés ?

Devant de telles attitudes, il est tentant de se dérober. De voiler une partie de ses centres d'intérêts.
Seulement, en ce qui me concerne, j'ai commencé à coder des choses très simples (en BASIC) à sept ou huit ans, et il est fortement probable que je coderai encore pour mon plaisir à 60 ans.
J'ai lu ma première BD à six ou sept ans, j'en lis encore.
J'ai regardé mon premier dessin animé à 1 ou 2 ans, j'en regarde encore.
J'ai fini par me rendre compte que mon cas était désespéré : alors autant assumer !

04.11.03

Qualité rédactionnelle [Réflexif]
Peut-on, dans le cadre de son temps libre, collectionner les activités rédactionnelles de ci, de là, et en même temps avoir un weblog de qualité ?

Telle est la question.

18.10.03

La recherche française maltraitée [Réflexif]
A lire dans Le Monde Informatique du 17 octobre 2003 : un outil très complet pour calculer le salaire moyen auquel les ingénieurs informaticiens pourraient prétendre en fonction de leur situation personnelle (expérience sur le marché du travail, niveau d'études à l'entrée de l'école d'ingénieurs, "groupe" de l'école, taille de l'entreprise, sexe, etc.).
Cet outil a été mis en place par le Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France (Cnisf), en complément de son enquête sur "l'ingénieur dans sa société et sa rémunération".

Illustrons l'un des points intéressants de cette étude.
Projetons-nous un an dans le futur et imaginons que l'humble étudiant que je suis réussisse sa dernière année d'école d'ingénieurs et le DEA mené en parallèle. La possession du DEA me permettrait de toucher un salaire qui sera SUPERIEUR de 1,8% à celui d'un "simple" ingénieur.
Maintenant, imaginons que je poursuive en thèse et, qu'à l'issue de celle-ci, je décide d'intégrer une entreprise. "Grâce" à la ligne "Doctorat" présente sur mon CV, mon salaire sera alors INFERIEUR de 0,9% au salaire de référence d'un "simple" ingénieur.

Autrement dit : après avoir fait une thèse (Bac+8 quand même), un ingénieur est moins bien payé qu'un ingénieur qui s'est arrêté au DEA, voire qui s'est abstenu d'obtenir tout diplôme supplémentaire.

Ajoutez à cela le fait que la rémunération des doctorants français est tout juste supérieure au SMIC (comme le rappelle be-rewt), tandis que les ingénieurs débutants peuvent prétendre à un salaire de 30 000-32 000 € par an.
Dans ces conditions, quel est l'intérêt d'un jeune ingénieur diplômé : aller en thèse ou rentrer dans la vie active ? La réponse paraît évidente.

On manque de docteurs ; c'est l'une des conclusions d'un rapport dévoilé par le Haut conseil de l'évaluation de l'école cette semaine (texte pas encore en ligne).
Pourtant, aussi longtemps qu'il ne fera pas l'objet d'une revalorisation, tant sur le plan financier que sur celui du mérite, le doctorat ne saurait être véritablement attractif.

09.10.03

Le choc de la culture [Réflexif]
Le vendeur de la FNAC doit assumer quotidiennement, en magasin, les conséquences de sa terrible condition.

Généralement, les clients n'aiment pas le vendeur de la FNAC. Il ne leur répond jamais assez vite, jamais assez bien, n'est jamais assez clair. Et puis, il est vendeur à la FNAC, donc ...

Bref, bien souvent, le vendeur de la FNAC, c'est l'ennemi : celui qui détruit les rêves, celui qui ne compte pas les mots "bonjour" et "au revoir" dans son vocabulaire, celui qui refuse d'assumer le rôle qui est pourtant le sien (à moins qu'on nous ait menti ?), c'est-à-dire subir les sautes d'humeurs des clients.

Généralement, le vendeur de la FNAC n'aime pas les clients. Ils sont venus pour acheter le nouveau four à micro-ondes révolutionnaire mis au point par Singer, mais ils désespèrent de trouver le rayon électro-ménager. Alors ils alpaguent le premier vendeur qui passe dans leur champ de vision. Celui-ci est alors bien en peine de leur expliquer que non, la FNAC n'est pas Darty.
Ou alors les clients sont en quête du nouveau CD ultra-hype de Madonna, celui dans lequel elle s'essaie au zouk metal punk ; cet album dans lequel figure le soi-disant légendaire duo de la chanteuse avec un gnou. Ces clients restent pantois quand le vendeur leur apprend que non, ce disque n'a jamais été prévu et qu'il est fortement invraisemblable qu'une telle oeuvre voit le jour.

Bref, bien souvent, le client, c'est l'ennemi : celui qui saute sur le premier vendeur venu pour lui demander où sont rangés les DVD de la saison 42 de Friands ou de Matrix Strikes Back, celui qui ne compte pas les mots "bonjour" et "au revoir" dans son vocabulaire, celui qui empêche de faire son étiquettage tranquillement.

Autrement dit : l'incompréhension entre ces deux espèces est souvent totale.

Arrivera-t-on un jour à les aider à rétablir un vrai dialogue ? Et si c'était là le vrai défi du 21e siècle ?

30.09.03

Un passant qui prend la pose [Réflexif]
Nous étions quatre autour de ce bel album photos. A tourner les pages de ce voyage qui fut, pour l'une d'entre nous, un moment à part. Dans un pays empreint de tradition et de modernité, dans ce Japon que nos sociétés occidentales envient et méprisent tout à la fois.

Nous regardions les clichés, et il en fut un qui retint mon attention plus que les autres. Ce n'était pas la plus belle photo. Ni la plus typique. Encore moins la plus originale. Pourtant, ce "passant qui prend la pose" m'a rappelé une fois de plus combien le monde est petit. C'est assez amusant de penser que deux de ses amis se sont retrouvés à Tôkyô le temps d'un après-midi de septembre: l'une de passage pendant deux semaines au Pays du Soleil Levant dans le cadre d'un programme destiné aux étudiants les plus méritants de multiples pays du monde, l'autre, fraîchement marié en France, arrivé quelques jours avant dans ce pays où il avait déjà passé un an et dans lequel il a décidé de vivre avec sa femme.

Nous sommes une génération qui a la possibilité technique de bouger. D'aller d'une région à l'autre, d'un pays à l'autre en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Nous nous voyons à Paris. Le lendemain à Bruxelles. Et, parfois, le surlendemain, à Tôkyô ou à New York. C'est assez excitant de voir s'abolir peu à peu les barrières de la distance.

Et bientôt, nous ne nous donnerons plus rendez-vous Place des Grands Hommes, mais au sommet du Mont Fuji, devant Big Ben ou devant les chutes du Niagara ...

19.09.03

Marcher [Réflexif]
Dans notre société moderne, tout va si vite qu'on n'a pas toujours le temps de laisser nos pensées reposer. C'est pour prendre ce temps nécessaire de réflexion, sur moi-même, sur les autres, sur le monde qui m'entoure que j'aime parfois partir marcher, sans but particulier, avec pour seul accessoire éventuel mon Discman.

Se laisser conduire par ses jambes, sans plan prédéterminé. Et d'une certaine manière, vagabonder. Ouvrir les vannes de l'esprit, laisser les pensées affluer doucement, pour les restructurer paisiblement. Prendre du recul par rapport à tel évènement, réfléchir a posteriori à une discussion que l'on a eu récemment.

Marcher doucement, au milieu des arbres, au bord d'une rivière, d'un lac. Prendre le temps.
Se laisser inspirer par la nature, porter un regard curieux. Retourner aux racines de notre être.

J'aime marcher sans préméditation. Prendre cette rue à gauche, tout simplement parce que j'ai eu l'impulsion d'y tourner. Se laisser guider par ses jambes, dans des coins dans lesquels on n'a pas coutume d'aller.

Respirer.

04.09.03

Refouler plutôt que déprimer [Réflexif]
Dans l'édition du 28 août de Courrier International se trouve un article passionnant (de Marc Pitzke) sur le traitement des traumatismes psychologiques.

La thèse de George Bonanno, psychologue et maître de conférences au Teachars College de l'Université de Columbia, c'est qu'il vaut mieux taire et refouler ses démons plutôt que les ressasser sur le divan d'un psy. Une telle théorie peut paraître farfelue, en cette époque où les personnes qui consultent sont toujours plus nombreuses.

C'est en travaillant sur le deuil que George Bonanno a commencé à percevoir les vertus du refoulement ; alors qu'il étudiait comment 85 personnes d'age moyen parvenaient à surmonter le décès de leur conjoint, il decouvrît que ceux qui cachent leur souffrance "sont ceux qui, a long terme, souffrent le moins et se réadaptent le plus vite au rythme de la vie." Ces personnes qui laissent derrière elles les moments tragiques de leur existence - il les appelle les "refouleurs" - ont, sur le long terme, les meilleures chances de s'en sortir sans problème émotionel.

Mais dans un pays oû les centres d'aide aux traumatisés se comptent par milliers, les théories de Bonanno sont raillées, voire copieusement ignorées.

Certains pensent toutefois que la voie initiée par Bonanno est la bonne, tel ce professeur de l'Universite du Missouri, Richard Gist, qui explique, à propos des théories conventionnelles : "quand on ne cesse de ramener une personne vers l'abîme, elle finit par y tomber."

C'est donc une démarche particulièment originale, allant à l'encontre des préceptes de Freud, que promeuvent George Bonanno et quelques autres.
Est-ce le remède miracle aux malheurs de tous les déprimés ? Peut-être pas. Il subsistera certainement toujours des personnes chez lesquelles le refoulement sera plus destructeur qu'une analyse dans la plus pure tradition.

Toutefois, ne minimisons pas la thèse et les études de M. Bonanno. Elle pourrait être salutaire, à l'heure où les psys sont de plus en plus nombreux.

Car s'est peu à peu insinuée l'idée, dans nos sociétés occidentales, que les soucis ne peuvent être évacués qu'en passant sur le divan.
Dérive particulièment irresponsable, et même dangereuse, car se lancer dans une analyse ou une thérapie n'est pas sans risque. Ce n'est pas une entreprise à prendre à la légère.

Certaines personnes ont véritablement besoin d'un psy. D'autres non. Il est illusoire de croire qu'un psy est la réponse à tous les problèmes du quotidien. Ce sont les personnes qui le croient, et qui se repaissent de leurs malheurs qui devraient tirer les leçons des théories de George Bonanno.
Car ce n'est pas en rabâchant en permanence ses propres malheurs qu'on avance dans la vie.

01.09.03

Esthétisme [Réflexif]
En cette période de rentrée, alors que les nouveaux catalogues de mode paraissent, Nocturnal Azure nous parle de
ces filles croisées
au hasard de pages en papier glacé :
En tournant les pages des catalogues, je m'imagine être tour à tour une élégante brunette ou une malicieuse rouquine, qui suscite admiration et désir autour d'elle, parfaitement maquillée, habillée dernier cri, "excusez-moi vous avez l'heure?", sourire ravageur et tout le tintouin.

Je ne peux m'empêcher de repenser alors à un texte de Kwxyz, à propos d'Angelina Jolie et Jennifer Lopez. Sa conclusion m'avait paru intéressante :
Les gars, cessez un peu de fantasmer sur les actrices, chanteuses, etc, que vous voyez à la télé. Si elles ne passaient pas à la télé ou au ciné, je ne suis même pas persuadé que vous vous retourneriez dans la rue pour les regarder. Alors sortez de chez vous, merde. Et ça vaut aussi pour les filles.

A mon sens, les filles les plus attirantes ne sont pas ces pseudo-canons de beauté avec lesquels les magazines nous assoment. Il serait temps de briser cette légende urbaine selon laquelle seule une pseudo-perfection (atteinte gràce à moults opérations et autres retouches d'images) serait attirante.

Les plus belles, ce sont celles qui sont naturelles.

28.08.03

Une simple bouteille [Réflexif]
A chaque fois que je pars en voyage pour une durée assez longue, j'emmène ce sac en plastique avec moi.
Plus que le sac, c'est la bouteille à l'intérieur qui est importante à mes yeux.
Et ce n’est pas tant la bouteille que ce qu’elle contient qui m'est cher.

En 1996, je suis allé à Lourdes avec mon grand-père et mes cousins. En traînant les pieds. Parce que j'étais (je le suis toujours) hermétique au catholicisme. Comme à toute autre religion. Parce que Lourdes représentait à mes yeux la surexploitation de la misère humaine.

Nous sommes restés à Lourdes deux jours. Quarante-huit heures qui m'ont renforcé dans mes convictions, mais qui m'ont aussi profondément marqué.
Non par une soudaine illumination. Ce n'est pas la religion des hommes qui a pénétré dans mon esprit. Mais il est difficile de rester indifférent devant ce mélange de force et de désespoir qui anime tant de personnes venues en pèlerinage dans cette ville sacrée. Folle espérance d'un miracle.

J'ai une formation scientifique, et un esprit parait-il trop cartésien. Malgré tout, aussi surprenant que cela puisse paraître, j'ai la conviction en quelque chose.
Et, indépendamment de cette certitude, je suis persuadé que les miracles existent. Il y a des endroits, dans le monde qui dégagent plus de présence que d’autres. Comme si un esprit les habitait, comme si une énergie en avait pris possession. Or, tout comme les arts martiaux chinois peuvent insister sur l’importance de l’énergie qui habite chaque être humain, je pense que cette énergie peut se concentrer dans certains lieux, rendant possibles des choses qui ne pourraient pas avoir cours ailleurs.

C'est volontairement que je n'écris pas "je crois en quelque chose". Je me méfie de la croyance, ainsi que des mouvements religieux (qu'il soit catholique, protestant, juif ou islamiste, ...). Au cours des siècles, c'est l'Homme qui a sali la dimension mystique de la vie. Il l'a manipulée à sa guise, pour satisfaire ses propres intérêts. Combien de personnes ont souffert, vivant dans la misère tandis que les prélats s'engraissaient ?

Finalement, en ce XXIe siècle, à propos duquel Malraux avait dit « [il] sera religieux ou ne sera pas », les gens se détournent de la vie intérieure. L'Homme a pourri la religion, la religion pourrit l'Homme.
Le mystique n'est plus bon qu'à faire les gros titres de journaux en mal de lecteurs ou d'écrivains à la petite semaine. Sans même parler des détournements révoltants auxquels s'adonnent les sectes.

Mettre des mots sur un ressenti intérieur aussi profond et complexe n’est déjà pas évident. Je ne crois pas qu’une question aussi importante que celle de la vie intérieure devrait simplement être laissée au bon vouloir de tel ou tel mouvement (catholicisme, islamisme, bouddhisme et autres). C’est à chacun de trouver sa réponse.

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Les vignettes ci-dessus correspondent à mes coups de coeur du moment. Elles représentent :
  • Nantes : la ville dans laquelle j'étudie depuis plus de deux ans. Un climat et un cadre des plus agréables.
  • K's Choice : c'est au cours de mon séjour en Belgique que j'ai découvert ce groupe de pop-rock belge. K's Choice a percé sur la scène internationale en 1996, avec le tube "I'm not an addict". Pourtant, le talent de Sarah et Gert Bettens ne saurait se résumer à ce seul titre. Une compilation, intitulée "10" et résumant les dix années d'existence du groupe est disponible en CD et en DVD.
  • Keren Ann : elle s'était fait un nom en travaillant avec Benjamin Biolay sur l'album "Vue sur ..." de Salvador. Après une très belle "Disparition", elle nous revient avec un album anglais tout en délicatesse, Not Going Anywhere. Un pur bonheur.
  • Cali : révélation musicale de cette rentrée, Cali a composé un album traitant d'un seul et unique thème : l'amour. Il en parle avec réalisme et humour. A découvrir.
  • Wolf's Rain : série d'animation réalisée par le prolifique et talentueux Studio Bones, Wolf's Rain se situe dans un futur dont les loups auraient disparu. Pourtant, eux seuls connaîtraient le chemin vers l'Eden. Et si des loups solitaires rôdaient encore en ce monde ?
  • Lene Marlin : révélation musicale de la rentrée 1999, la jeune norvégienne nous propose enfin son second album (Another Day). Les textes sont plus mâtures, la voix toujours aussi douce, bien soutenus par une musique efficace.
  • 24 : dans le seconde saison de 24 (renommée 24h Chrono sur Canal +), Jack Bauer et David Palmer, devenu le premier Noir président des Etats-Unis, doivent empêcher qu'une bombe nucléaire n'explose à Los Angeles. Un compte-à-rebours tendu, avec toujours plus de rebondissement, de retournements de situations, de pression.
  • Buffy The Vampire Slayer : la septième et dernière saison de Buffy sera diffusée bientôt en France. 22 derniers épisodes qui concluent en beauté la série, avec un ennemi plus redoutable que jamais. Cette saison, tout sera une question de pouvoir.
  • Witch Hunter Robin : série TV de 26 épisodes produite en 2002 par Sunrise. Une ambiance prenante, un scénario intelligent.

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Hemisphair est né en juin 2003. Il constitue mon second weblog après une expérience menée de décembre 2001 à novembre 2002.

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L'ancienne version, réalisée avec b2, reste consultable ici.

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