18.01.05
Par ici la sortie, de Jean-Marc Moutout [Cinéma]
Pour Noël, je me suis fait offrir le DVD de Violence des Echanges en Milieu Tempéré. Sur la galette dédiée aux suppléments figure un documentaire inédit de Jean-Marc Moutout, Par ici la sortie dans lequel le réalisateur revient sur la campagne de promotion du film. On y trouve les réactions de nombreux spectateurs à l'issue de projections en avant-première. Car, comme pour tout long-métrage qui se respecte, la campagne de promotion s'est accompagnée d'une série de rencontre-débats à travers toute la France. L'ensemble se révèle très intéressant et permet éventuellement d'éclairer l'oeuvre de Moutout sous un jour nouveau. On y voit beaucoup de réactions de personnes issues des fameuses classes ouvrières ; l'occasion de débattre autour de ce qu'il faudrait faire pour résister face à des mécanismes qui semblent dépasser les destinées individuelles ou collectives (puisque de grandes entreprises peuvent mettre à la porte des usines de 200 à 500 salariés sans devoir se préoccuper de considérations éthiques). Et aussi de réfléchir aux limites de chacun par rapport à la compromission de ses propres valeurs : n'est-il pas dangereux de laisser couler les choses, de laisser les audits et la consultance régner sous prétexte que les décisions viennent d'en-haut ? Les ouvriers ne font rien car ils n'ont pas le pouvoir. Les consultants acceptent de faire le sale travail car il y aura toujours quelqu'un d'autre pour les remplacer au cas où ils refuseraient de faire le sale travail. Les chefs d'entreprises recourent aux techniques d'audit et d'optimisation des flux de production car ils se retrouveront à la porte s'ils ne satisfont pas leurs actionnaires ... Le cercle est vicieux et nul ne voit comment en sortir. C'est la faute aux consultants, aux patrons, aux actionnaires, à la mondialisation. Et l'on ne peut rien y faire. Cette acceptation passive d'une évolution qui nous dépasserait, ce fatalisme serait, selon une spectatrice, le premier pas vers la barbarie. La même que le monde a connu pendant la seconde guerre mondiale.
Le reportage fait aussi ressortir les limites du long-métrage de Jean-Marc Moutout : le film est un révélateur de la situation actuelle, il pose des questions mais n'esquisse guère de solution. Une spectatrice regrettera ainsi de ne pas y trouver d'espoir. Mais le réalisateur semble avoir délibérément préféré faire de son oeuvre le support d'un dialogue plutôt qu'un manifeste de résistance aux dogmes du néo-libéralisme. La création de ce documentaire en témoigne. Jean-Marc Moutout précise d'ailleurs que filmer ses rencontres avec les spectateurs a énormément nourri sa réflexion.
Seul bémol : à l'exception de quelques étudiants marchant sur les traces des personnages de Violence des Echanges en Milieu Tempéré et d'une personne passée de la consultance à l'animation radiophonique, on ne voit aucun consultant donner ses impressions. Choix délibéré du réalisateur ? Absence de cette "catégorie" de population lors des projections ? La question reste posée.
Le reportage fait aussi ressortir les limites du long-métrage de Jean-Marc Moutout : le film est un révélateur de la situation actuelle, il pose des questions mais n'esquisse guère de solution. Une spectatrice regrettera ainsi de ne pas y trouver d'espoir. Mais le réalisateur semble avoir délibérément préféré faire de son oeuvre le support d'un dialogue plutôt qu'un manifeste de résistance aux dogmes du néo-libéralisme. La création de ce documentaire en témoigne. Jean-Marc Moutout précise d'ailleurs que filmer ses rencontres avec les spectateurs a énormément nourri sa réflexion.
Seul bémol : à l'exception de quelques étudiants marchant sur les traces des personnages de Violence des Echanges en Milieu Tempéré et d'une personne passée de la consultance à l'animation radiophonique, on ne voit aucun consultant donner ses impressions. Choix délibéré du réalisateur ? Absence de cette "catégorie" de population lors des projections ? La question reste posée.
07.01.05
Rois et reine d'Arnaud Desplechin / Mauvais génie de Marienne Denicourt et Judith Perrignon [Littérature, Cinéma]
Arnaud Desplechin est considéré comme l'un des cinéastes les plus talentueux de sa génération. Son dernier film, Rois et Reine, a été unanimement salué par la critique (Les Inrockuptibles l'ont élu meilleur long-métrage de 2004 tandis que Télérama le classait deuxième). Des louanges largement mérités au vu de la complexité et de la densité de l'ensemble, soutenu par des acteurs flamboyants (Mathieu Amalric campe un personnage d'un impressionnante complexité tandis qu'Emmanuelle Devos, dans la peau de Nora, arrive à faire jaillir chez le spectateur des sentiments très contradictoires).
Oui, mais ...
Cette semaine est sorti Mauvais génie, un roman de Marianne Denicourt, actrice, ancienne compagne de Desplechin, et Judith Perrignon, journaliste à Libération. Un livre qui constitue la réponse de Marianne Denicourt à son ancien compagnon : elle l'accuse d'avoir travesti son histoire. Car pour Rois et Reine, Desplechin s'est volontiers inspiré de la vie de celle qu'il avait dirigé dans Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) : que de similitudes entre Nora, le personnage principal de Rois et Reine, et Marianne Denicourt, mère d'un fils qui n'a jamais connu son père (ce dernier étant mort alors qu'il n'était même pas né) et dont le propre père est mort d'un cancer généralisé en 1995 !
Marianne Denicourt explique cette semaine dans Le Nouvel Observateur qu'elle ne "pouvait pas laisser passer ça", qu'"elle ne pouvait pas accepter que soit ainsi jetée dans la boue la mémoire de [son] père, du père de [son] fils, qu'il ne connaît pas, et la vie de [son] fils.". Que "film après film, [Arnaud Desplechin] écrase les gens. Mais il a une telle légitimité artistique que personne ne dit rien."
Mauvais génie aurait-il eu moins d'écho s'il ne s'agissait pas d'un roman à "clefs" (mais peut-on seulement encore parler ici d'un roman à clefs ?) ? Peut-être pas. Car Marianne Denicourt et Judith Perrignon n'adressent pas seulement un droit de réponse à Arnaud Desplechin, réalisateur culte des milieux branchés, ce "jeune cinéaste surdoué à l'âge de son plus total accomplissement" (Les Inrockuptibles, 22 décembre 2004), elle dépeignent pertinemment tout un pan de la création cinématographique française. Et épinglent ce micro-milieu qui se gargarise des éloges de Télérama, des Inrockuptibles, de Libération ou des Cahiers du Cinéma.
Interrogé sur l'ouvrage de Marianne Denicourt, Desplechin se contente de dire : "Il paraît que Marianne a fait un livre d'autofiction où elle me fait jouer le rôle du méchant. Alors tout ce que je peux lui souhaiter, c'est d'avoir réussi son autofiction, et d'avoir fait de moi un personnage de méchant réussi." (Les Inrocks, cf. supra)
Une réponse qui n'étonne guère.
A ce sujet, il est passionnant de mettre en regard les entretiens données par Arnaud Desplechin et Mauvais génie. Une manière de faire un peu la lumière sur une "affaire" qui rappelle l'agitation causée, en septembre dernier, par la sortie du nouvel Angot, Les Désaxés (roman pour lequel l'auteur se serait fortement inspirée du quotidien d'un réalisateur bien connu).
Où l'on sent rejaillir le débat autour de la création artistique : jusqu'où peut-on s'inspirer de la vie des personnes qui nous entourent pour créer un livre/un film ? Une discussion décidément très à la mode.
Oui, mais ...
Cette semaine est sorti Mauvais génie, un roman de Marianne Denicourt, actrice, ancienne compagne de Desplechin, et Judith Perrignon, journaliste à Libération. Un livre qui constitue la réponse de Marianne Denicourt à son ancien compagnon : elle l'accuse d'avoir travesti son histoire. Car pour Rois et Reine, Desplechin s'est volontiers inspiré de la vie de celle qu'il avait dirigé dans Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) : que de similitudes entre Nora, le personnage principal de Rois et Reine, et Marianne Denicourt, mère d'un fils qui n'a jamais connu son père (ce dernier étant mort alors qu'il n'était même pas né) et dont le propre père est mort d'un cancer généralisé en 1995 !
Marianne Denicourt explique cette semaine dans Le Nouvel Observateur qu'elle ne "pouvait pas laisser passer ça", qu'"elle ne pouvait pas accepter que soit ainsi jetée dans la boue la mémoire de [son] père, du père de [son] fils, qu'il ne connaît pas, et la vie de [son] fils.". Que "film après film, [Arnaud Desplechin] écrase les gens. Mais il a une telle légitimité artistique que personne ne dit rien."
Mauvais génie aurait-il eu moins d'écho s'il ne s'agissait pas d'un roman à "clefs" (mais peut-on seulement encore parler ici d'un roman à clefs ?) ? Peut-être pas. Car Marianne Denicourt et Judith Perrignon n'adressent pas seulement un droit de réponse à Arnaud Desplechin, réalisateur culte des milieux branchés, ce "jeune cinéaste surdoué à l'âge de son plus total accomplissement" (Les Inrockuptibles, 22 décembre 2004), elle dépeignent pertinemment tout un pan de la création cinématographique française. Et épinglent ce micro-milieu qui se gargarise des éloges de Télérama, des Inrockuptibles, de Libération ou des Cahiers du Cinéma.
Interrogé sur l'ouvrage de Marianne Denicourt, Desplechin se contente de dire : "Il paraît que Marianne a fait un livre d'autofiction où elle me fait jouer le rôle du méchant. Alors tout ce que je peux lui souhaiter, c'est d'avoir réussi son autofiction, et d'avoir fait de moi un personnage de méchant réussi." (Les Inrocks, cf. supra)
Une réponse qui n'étonne guère.
A ce sujet, il est passionnant de mettre en regard les entretiens données par Arnaud Desplechin et Mauvais génie. Une manière de faire un peu la lumière sur une "affaire" qui rappelle l'agitation causée, en septembre dernier, par la sortie du nouvel Angot, Les Désaxés (roman pour lequel l'auteur se serait fortement inspirée du quotidien d'un réalisateur bien connu).
Où l'on sent rejaillir le débat autour de la création artistique : jusqu'où peut-on s'inspirer de la vie des personnes qui nous entourent pour créer un livre/un film ? Une discussion décidément très à la mode.
05.12.04
Une simple histoire d'amour [Cinéma]
Un mois et vingt jours. C'est la durée pendant laquelle je ne suis pas allé au cinéma, trop pris par des occupations diverses (déménagement, articles à rédiger, recherches à avancer, cours à préparer). Et là, ce week-end, la joie simple de retourner dans les salles obscures. Le cinéma est décidément une partie de ma vie : je me souviens de ces mois d'été où je cumulais facilement plus d'une trentaine de films vus en l'espace de huit semaines (pas que pour des chefs d'oeuvres, malheureusement), de ces quelques festivals passés à enchaîner trois ou quatre séances par jour.
Holy Lola, joli film sur le difficile parcours de ceux qui souhaitent adopter un enfant étranger, sans complaisance (même s'il vire certainement à la caricature par moments). Avec un vrai beau couple de cinéma : Jacques Gamblin et Isabelle Carré.
Et puis Un Long Dimanche de Fiançailles, un ravissement, quoi que puissent en penser quelques-uns des lecteurs de ce weblog, adeptes du "Jeunet-bashing" (avec les justifications habituelles : les oeuvres de Jeunet seraient passéistes, rétrogrades, niaises, etc.). Jean-Pierre Jeunet a un talent certain pour l'image (la retranscription des tranchées, la galerie de personnages, les paysages) et le sens de la narration. Et puis je me reconnais forcément dans une personne qui déclare "j'ai un rapport à l'enfance évident et je ne veux surtout pas le perdre. Le jour où je le perds, je suis foutu, je le sais." (Jean-Pierre Jeunet dans CinéLive de novembre).
Holy Lola, joli film sur le difficile parcours de ceux qui souhaitent adopter un enfant étranger, sans complaisance (même s'il vire certainement à la caricature par moments). Avec un vrai beau couple de cinéma : Jacques Gamblin et Isabelle Carré.
Et puis Un Long Dimanche de Fiançailles, un ravissement, quoi que puissent en penser quelques-uns des lecteurs de ce weblog, adeptes du "Jeunet-bashing" (avec les justifications habituelles : les oeuvres de Jeunet seraient passéistes, rétrogrades, niaises, etc.). Jean-Pierre Jeunet a un talent certain pour l'image (la retranscription des tranchées, la galerie de personnages, les paysages) et le sens de la narration. Et puis je me reconnais forcément dans une personne qui déclare "j'ai un rapport à l'enfance évident et je ne veux surtout pas le perdre. Le jour où je le perds, je suis foutu, je le sais." (Jean-Pierre Jeunet dans CinéLive de novembre).
07.11.04
Cutie Honey, l'adaptation live par Hideaki Anno [Cinéma]
Cutie Honey, le légendaire manga de Go Nagai, adapté en film live par Hideaki Anno, le réalisateur d'Evangelion, décoiffe. Une esthétique très respectueuse de l'oeuvre originale, un début de film hilarant (la suite aussi ... disons seulement que les premières minutes sont particulièrement frappantes et entraînantes), une musique qui s'accorde bien à l'action (le fameux générique de Cutie Honey est bien présent), une réalisation dans la droite lignée des délires visuels auxquels Anno nous a habitué (insertion de plans dessinés à certains moments clefs ; stylisation stéréoscopique de certains "coups spéciaux").
Pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce monument : Cutie Honey est une androïde qui doit s'empiffrer d'onigiri pour avoir l'énergie nécessaire à sa transformation (le fameux "Honey Flash"). Dès lors, elle est capable de tenir tête aux méchants qui sèment la zizanie à Tôkyô. Et qui, dans le film, convoitent ses pouvoirs.
Au final, c'est un régal pour peu qu'on soit fan de la jolie androïde ou, tout au moins, des films japonais un rien déjantés. D'autres ont été charmés avant moi par ce film. A juste titre.
NB : Cutie Honey était diffusé en avant-première française dans le cadre du festival Utopiales 2004 de Nantes.
Pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce monument : Cutie Honey est une androïde qui doit s'empiffrer d'onigiri pour avoir l'énergie nécessaire à sa transformation (le fameux "Honey Flash"). Dès lors, elle est capable de tenir tête aux méchants qui sèment la zizanie à Tôkyô. Et qui, dans le film, convoitent ses pouvoirs.
Au final, c'est un régal pour peu qu'on soit fan de la jolie androïde ou, tout au moins, des films japonais un rien déjantés. D'autres ont été charmés avant moi par ce film. A juste titre.
NB : Cutie Honey était diffusé en avant-première française dans le cadre du festival Utopiales 2004 de Nantes.
09.09.04
Livre : Sarinagara de Philippe Forest
Dans les années 90, Philippe Forest et sa femme ont perdu leur fille, emportée à l'âge de 4 ans par un cancer. Il avait raconté cette épreuve et cette douleur dans ses deux précédents romans, L'Enfant Eternel et Toute la Nuit. Il avait alors obtenu une bourse du gouvernement français pour écrire un essai sur la littérature japonaise. Il s'est rendu au Japon et il a finalement choisi de raconter, dans son nouveau roman intitulé Sarinagara, trois vies qui sont entrées en résonance avec la sienne : celles du poète Kobayashi Issa, du romancier Natsume Sôseki et celle du photographe Yosuke Yamahata. Philippe Forest ne fait pas d'exotisme - il écrit d'ailleurs : "Sauf exception (Barthes bien sûr et quelques autres), les livres dans lesquels un écrivain français prétend initier son lecteur aux trésors inintelligibles de l'âme japonaise, abordant avec l'infinie délicatesse d'un initié toutes sortes de fadaises folkloriques, ont autant de valeur que les récits dans lesquels un professeur anglais, s'improvisant spécialiste de l'identité française, raconte ses vacances en Provence, au pays de la pétanque et du pastis, et ils méritent le même succès un peu honteux." Le Japon a simplement constitué, pour lui, "le lieu d'un dégagement rêvé", où la vie des autres lui a permis de réinvestir la sienne.
Le titre de ce roman provient du haïku d'Issa sur lequel ce roman s'ouvre : "Monde de rosée / c'est un monde de rosée / et pourtant pourtant". Issa avait rédigé ce haïku alors qu'il venait de perdre son seul enfant pour dire que tout est néant. Mais le dernier mot, "sarinagara" - qui peut se traduire par "cependant" ou "pourtant" - est primordial dans ce que ce texte dit de la vie.
Avec Sarinagara, roman fort et délicat, Philippe Forest signe, sans nul doute, l'un des meilleurs livres de cette rentrée littéraire.
Pour en savoir plus, on pourra se reporter aux articles que lui ont consacré Le Nouvel Obs et Libération.
Cinéma : Clean d'Olivier Assayas
C'est un thème peu évident auquel Olivier Assayas s'est attaqué dans son dernier film : le monde du rock, ses excès, et une femme qui souhaite reconstruire sa vie après avoir beaucoup perdu.
Lee est un artiste de rock en fin de carrière, héroïnomane, tout comme sa femme, l'arrogante Emily. Au cours d'une nuit où la dope était une fois de plus reine, Lee fait une overdose. Pour Emilie, c'est la chute : 6 mois de prison pour consommation de drogue, la garde de son fils est confiée à ses beaux-parents. Après ce séjour en détention, Emily aura à coeur de se reconstruire. Mais cela signifie qu'elle doit changer de vie, abandonner sa dépendance. Des conditions sine qua non si elle souhaite pouvoir renouer avec son petit garçon. C'est le lent parcours d'Emily qu'Assayas propose aux spectateurs. Une trajectoire faite de rencontres avec des personnages d'une consistance remarquable (le beau-père joué par Nick Nolte, impeccable, la carriériste rancunière interprétée par Jeanne Balibar, le musicien reconnu, Tricky, dans son propre rôle, ...). La mise en scène impressionne, notamment par sa maîtrise de l'ellipse : Assayas ne retient que l'essentiel, tout en offrant une place de choix à chaque personnage qu'Emily croise. Maggie Cheung, magnifique, et une BO de haute tenue finissent de faire de Clean le film du moment.
Série télévisée : Six Feet Under
Le premier contact avec Six Feet Under (Six Pieds sous Terre pour la version française) est souvent délicat. Il faut dire que le thème de cette création d'Alan Ball est plus qu'original : le quotidien d'une entreprise de pompes funèbres, Fisher & Sons ! Voilà une série qui nous renvoie face à nos propres tabous, à notre propre finitude : la série exige de surmonter nos propres réticences, nos propres peurs face à un sujet sur lequel nous préférons souvent fermer les yeux. C'est ainsi que beaucoup rechignent à visionner une oeuvre dont le point de départ paraît si morbide jusqu'au jour où ils tombent par hasard sur un épisode de la série. Et ils découvrent alors qu'il n'y a pas plus vivants que les personnages d'Alan Ball.
Je pourrais évoquer le travail enthousiasmant effectué sur la réalisation, la qualité de jeu des acteurs, le générique de début ... Je pourrais disserter sur la qualité des intrigues, sur les analyses sociologiques que chaque épisode propose. Je pourrais écrire des lignes et des lignes pour tenter de vous convaincre de l. Je me contenterais de vous dire : give it a try ! En effet, la diffusion de la première saison débute dès ce soir, à 1h05 du matin, sur France 2.
Dans les années 90, Philippe Forest et sa femme ont perdu leur fille, emportée à l'âge de 4 ans par un cancer. Il avait raconté cette épreuve et cette douleur dans ses deux précédents romans, L'Enfant Eternel et Toute la Nuit. Il avait alors obtenu une bourse du gouvernement français pour écrire un essai sur la littérature japonaise. Il s'est rendu au Japon et il a finalement choisi de raconter, dans son nouveau roman intitulé Sarinagara, trois vies qui sont entrées en résonance avec la sienne : celles du poète Kobayashi Issa, du romancier Natsume Sôseki et celle du photographe Yosuke Yamahata. Philippe Forest ne fait pas d'exotisme - il écrit d'ailleurs : "Sauf exception (Barthes bien sûr et quelques autres), les livres dans lesquels un écrivain français prétend initier son lecteur aux trésors inintelligibles de l'âme japonaise, abordant avec l'infinie délicatesse d'un initié toutes sortes de fadaises folkloriques, ont autant de valeur que les récits dans lesquels un professeur anglais, s'improvisant spécialiste de l'identité française, raconte ses vacances en Provence, au pays de la pétanque et du pastis, et ils méritent le même succès un peu honteux." Le Japon a simplement constitué, pour lui, "le lieu d'un dégagement rêvé", où la vie des autres lui a permis de réinvestir la sienne.
Le titre de ce roman provient du haïku d'Issa sur lequel ce roman s'ouvre : "Monde de rosée / c'est un monde de rosée / et pourtant pourtant". Issa avait rédigé ce haïku alors qu'il venait de perdre son seul enfant pour dire que tout est néant. Mais le dernier mot, "sarinagara" - qui peut se traduire par "cependant" ou "pourtant" - est primordial dans ce que ce texte dit de la vie.
Avec Sarinagara, roman fort et délicat, Philippe Forest signe, sans nul doute, l'un des meilleurs livres de cette rentrée littéraire.
Pour en savoir plus, on pourra se reporter aux articles que lui ont consacré Le Nouvel Obs et Libération.
Cinéma : Clean d'Olivier Assayas
C'est un thème peu évident auquel Olivier Assayas s'est attaqué dans son dernier film : le monde du rock, ses excès, et une femme qui souhaite reconstruire sa vie après avoir beaucoup perdu.
Lee est un artiste de rock en fin de carrière, héroïnomane, tout comme sa femme, l'arrogante Emily. Au cours d'une nuit où la dope était une fois de plus reine, Lee fait une overdose. Pour Emilie, c'est la chute : 6 mois de prison pour consommation de drogue, la garde de son fils est confiée à ses beaux-parents. Après ce séjour en détention, Emily aura à coeur de se reconstruire. Mais cela signifie qu'elle doit changer de vie, abandonner sa dépendance. Des conditions sine qua non si elle souhaite pouvoir renouer avec son petit garçon. C'est le lent parcours d'Emily qu'Assayas propose aux spectateurs. Une trajectoire faite de rencontres avec des personnages d'une consistance remarquable (le beau-père joué par Nick Nolte, impeccable, la carriériste rancunière interprétée par Jeanne Balibar, le musicien reconnu, Tricky, dans son propre rôle, ...). La mise en scène impressionne, notamment par sa maîtrise de l'ellipse : Assayas ne retient que l'essentiel, tout en offrant une place de choix à chaque personnage qu'Emily croise. Maggie Cheung, magnifique, et une BO de haute tenue finissent de faire de Clean le film du moment.
Série télévisée : Six Feet Under
Le premier contact avec Six Feet Under (Six Pieds sous Terre pour la version française) est souvent délicat. Il faut dire que le thème de cette création d'Alan Ball est plus qu'original : le quotidien d'une entreprise de pompes funèbres, Fisher & Sons ! Voilà une série qui nous renvoie face à nos propres tabous, à notre propre finitude : la série exige de surmonter nos propres réticences, nos propres peurs face à un sujet sur lequel nous préférons souvent fermer les yeux. C'est ainsi que beaucoup rechignent à visionner une oeuvre dont le point de départ paraît si morbide jusqu'au jour où ils tombent par hasard sur un épisode de la série. Et ils découvrent alors qu'il n'y a pas plus vivants que les personnages d'Alan Ball.
Je pourrais évoquer le travail enthousiasmant effectué sur la réalisation, la qualité de jeu des acteurs, le générique de début ... Je pourrais disserter sur la qualité des intrigues, sur les analyses sociologiques que chaque épisode propose. Je pourrais écrire des lignes et des lignes pour tenter de vous convaincre de l. Je me contenterais de vous dire : give it a try ! En effet, la diffusion de la première saison débute dès ce soir, à 1h05 du matin, sur France 2.
21.07.04
Fahrenheit 9/11 [Cinéma]
Ce film est, plus ou moins, tout ce qu'on a pu lire dans la presse. C'est-à-dire efficace et prenant, mais relativement grossier dans son traitement, avec certains raccourcis plus que malheureux. Néanmoins, Michael Moore l'a dit et répété : il n'a pas fait un film pour les happy few qui s'y connaissent en (géo)politique. Il s'adresse avant tout à une majorité d'Américains qui n'est pas forcément passionnée par la politique. Et qu'on ne s'y trompe pas, Fahrenheit 9/11 est profondément pro-américain. Restent un certain nombre de questions.
On dit souvent la démocratie aux Etats-Unis moribonde. Pourtant, elle est capable d'accoucher d'un long-métrage tel que Farenheit 9/11 qui, malgré les difficultés rencontrés pour la distribution, est finalement sur les écrans. En France, qu'adviendrait-il d'un film pamphlet sur M. Chirac, détaillant ses promesses électorales non tenues, et, surtout, les affaires du financement du RPR ou des emplois fictifs à la mairie de Paris ? En admettant qu'un tel long-métrage trouve un distributeur, les spectateurs français se déplaceraient-ils en aussi grand nombre que pour l'oeuvre de Michael Moore ?
Autre interrogation : doit-on applaudir un film qui développe un point de vue dont on se sent proche, mais qui utilise, pour convaincre le quidam, des ficelles populistes ? La fin justifie-t-elle les moyens ?
On dit souvent la démocratie aux Etats-Unis moribonde. Pourtant, elle est capable d'accoucher d'un long-métrage tel que Farenheit 9/11 qui, malgré les difficultés rencontrés pour la distribution, est finalement sur les écrans. En France, qu'adviendrait-il d'un film pamphlet sur M. Chirac, détaillant ses promesses électorales non tenues, et, surtout, les affaires du financement du RPR ou des emplois fictifs à la mairie de Paris ? En admettant qu'un tel long-métrage trouve un distributeur, les spectateurs français se déplaceraient-ils en aussi grand nombre que pour l'oeuvre de Michael Moore ?
Autre interrogation : doit-on applaudir un film qui développe un point de vue dont on se sent proche, mais qui utilise, pour convaincre le quidam, des ficelles populistes ? La fin justifie-t-elle les moyens ?
18.07.04
Spiderman 2, avis d'un néophyte [Cinéma]
Avertissement : je me dois de préciser que, contrairement à certains spécialistes de ma connaissance, ma culture "Spiderman" est plus que réduite et se limite aux bases. C'est donc de manière relativement neutre que j'ai abordé les long-métrages mettant en scène de l'homme araignée.
Spiderman, premier du nom, m'avait fait passer un agréable moment. Il me paraissait intéressant dans son traitement de la fin de l'adolescence, la découverte des responsabilités. Et ce qui va avec pour Peter Parker, c'est-à-dire la gestion de pouvoirs un peu particuliers. Le traitement des relations entre ce héros si imparfait et Mary-Jane constituait aussi un des intérêts de cette adaptation - notamment dans la scène finale. Malheureusement, au moment où le Bouffon Vert était entré en scène, le film avait perdu en intérêt : un supervilain pas impressionnant pour deux sous, un patriotisme un brin excessif - même s'il fait partie intégrante de l'héritage "comics". Au final, je restais sur une impression mitigée.
Spiderman 2 m'a, lui, vraiment convaincu. Sam Raimi et son équipe ont su tirer les leçons qui s'imposaient. Ils ont, d'une part, capitalisé sur les réussites du premier film. Ainsi, Peter Parker a plus de mal que jamais à gérer les dilemmes qui se posent à lui. Son amour pour MJ, un amour qu'il se refuse toujours à déclarer, le torture. Et le voilà qui somatise, perdant peu à peu ses pouvoirs : être un super-héros, est-ce vraiment ce qu'il souhaite ?
D'autre part, le réalisateur a trouvé en Alfred Molina - alias Doc Octopus - un méchant cinématographiquement intéressant. Octopus est dans la lignée des scientifiques tels que nous les propose souvent le cinéma américain : des êtres qui ont tendance à faire passer leur soif de (re)connaissance avant l'intérêt commun et qui, parfois, franchissent la ligne jaune. Mais Doc Ock, de par sa caractéristique physique (il vit désormais en étant afflubé de quatre tentacules mécaniques qui ont leur propre "conscience"), est impressionnant et constitue un adversaire à la taille de Spiderman.
Mais ce qui est le plus intéressant avec ce nouvel opus, c'est le profond respect de Sam Raimi pour les spectateurs : le réalisateur de la trilogie des Evil Dead ose leur donner ce qu'ils attendent. Les situations ne sont pas figées, elles évoluent en permanence. Un blockbuster qui soit à la fois un excellent film d'action et un film d'auteur, on n'osait guère l'espérer. Sam Raimi l'a fait. Profondément jouissif.
Spiderman, premier du nom, m'avait fait passer un agréable moment. Il me paraissait intéressant dans son traitement de la fin de l'adolescence, la découverte des responsabilités. Et ce qui va avec pour Peter Parker, c'est-à-dire la gestion de pouvoirs un peu particuliers. Le traitement des relations entre ce héros si imparfait et Mary-Jane constituait aussi un des intérêts de cette adaptation - notamment dans la scène finale. Malheureusement, au moment où le Bouffon Vert était entré en scène, le film avait perdu en intérêt : un supervilain pas impressionnant pour deux sous, un patriotisme un brin excessif - même s'il fait partie intégrante de l'héritage "comics". Au final, je restais sur une impression mitigée.
Spiderman 2 m'a, lui, vraiment convaincu. Sam Raimi et son équipe ont su tirer les leçons qui s'imposaient. Ils ont, d'une part, capitalisé sur les réussites du premier film. Ainsi, Peter Parker a plus de mal que jamais à gérer les dilemmes qui se posent à lui. Son amour pour MJ, un amour qu'il se refuse toujours à déclarer, le torture. Et le voilà qui somatise, perdant peu à peu ses pouvoirs : être un super-héros, est-ce vraiment ce qu'il souhaite ?
D'autre part, le réalisateur a trouvé en Alfred Molina - alias Doc Octopus - un méchant cinématographiquement intéressant. Octopus est dans la lignée des scientifiques tels que nous les propose souvent le cinéma américain : des êtres qui ont tendance à faire passer leur soif de (re)connaissance avant l'intérêt commun et qui, parfois, franchissent la ligne jaune. Mais Doc Ock, de par sa caractéristique physique (il vit désormais en étant afflubé de quatre tentacules mécaniques qui ont leur propre "conscience"), est impressionnant et constitue un adversaire à la taille de Spiderman.
Mais ce qui est le plus intéressant avec ce nouvel opus, c'est le profond respect de Sam Raimi pour les spectateurs : le réalisateur de la trilogie des Evil Dead ose leur donner ce qu'ils attendent. Les situations ne sont pas figées, elles évoluent en permanence. Un blockbuster qui soit à la fois un excellent film d'action et un film d'auteur, on n'osait guère l'espérer. Sam Raimi l'a fait. Profondément jouissif.
17.05.04
Osmose, de Raphaël Fetjo [Cinéma]
Sympathique portrait de la jeunesse à travers de multiples saynettes présentant une bande de jeunes en proie aux problèmes du quotidien - de la laverie automatique aux petites et grandes histoires d'amour. Ce premier film de Raphaël Fetjo n'a pas à rougir d'une comparaison avec les réalisations d'un cinéaste comme Cédric Klapish. Rafraîchissant, comme un Hollywood chewing-gum.
16.05.04
Kill Bill vol.1, le retour (quand on aime, ...) ; La Mauvaise Education de Pedro Almodovar [Cinéma]
Suis retourné voir Kill Bill vol.1, histoire de se remettre dans l'ambiance avant la sortie du volume 2, demain. Un film que je trouve toujours aussi agréable, énorme hommage à la pop-culture sous toutes ses formes. Et Uma Thurman compose, avec le personnage de The Bride, l'un des plus beaux rôles féminins vu au cinéma ces dernières années.
Nul doute que, dans quelques dizaines d'années, on se rappellera encore de cette réalisation de Tarantino comme d'un film culte.
La Mauvaise Education : une oeuvre très personnelle de Pedro Almodovar qui parvient à traiter des thèmes difficiles (la pédophilie) sans céder à un quelconque pathos. Et une belle mise en abyme de l'art cinématographique. Si La Mauvaise Education comporte peut-être quelques longueurs superflues, il est toutefois l'un des meilleurs films du réalisateur espagnol.
Nul doute que, dans quelques dizaines d'années, on se rappellera encore de cette réalisation de Tarantino comme d'un film culte.
La Mauvaise Education : une oeuvre très personnelle de Pedro Almodovar qui parvient à traiter des thèmes difficiles (la pédophilie) sans céder à un quelconque pathos. Et une belle mise en abyme de l'art cinématographique. Si La Mauvaise Education comporte peut-être quelques longueurs superflues, il est toutefois l'un des meilleurs films du réalisateur espagnol.
17.04.04
Confidences trop intimes, de Patrice Leconte ; Deux Frères, de Jean-Jacques Annaud ; Immortel (ad vitam), d'Enki Bilal ; Agents Secrets de Frédéric Schoendoerffer [Cinéma]
Beaucoup de films vus ces dernières semaines, beaucoup de chroniques en retard. Première fournée.
Confidences trop intimes : Fabrice Luchini aura beau s'être donné du mal, pendant la promo, pour soutenir que "oui, c'est un film français, mais cela ne veut pas dire chiant !", la nouvelle réalisation de Patrice Leconte est l'archétype de ce qu'une certaine partie de nos cinéastes ont l'habitude de produire. Dans Confidences trop intimes, il n'y a pas de surprise pour qui a l'habitude de voir régulièrement des oeuvres hexagonales. Fabrice Luchini et Sandrine Bonnaire, en bons "routiers" du cinéma, connaissent la musique et savent s'effacer devant leur personnage. Résultat pas désagréable, notamment par la manière dont Patrice Leconte rend honneur à ses acteurs. Mais le tout est certainement un peu trop convenu.
Deux Frères : l'objectif d'Annaud est simple : proposer aux spectateurs un conte, pour se divertir d'un quotidien parfois gris/noir. Il ne faut pas chercher plus loin. A quoi bon pinailler sur un scénario téléphoné, les rôles des humains plus que caricaturaux (ce qui semble assumé, comme peut le prouver la présence de Jean-Claude Dreyfus au générique), ou encore l'anthropomorphisme auquel cède le réalisateur ? Je préfère garder en tête ces formidables images, ces plans somptueux et ces tigres auxquels le film rend un bel hommage. Un bon moment de détente.
Immortel (ad vitam) : "je ne suis vraiment pas un grand fan de Bilal". Voilà la pensée qui m'a traversé l'esprit en sortant de la salle. L'intrigue pique la curiosité, les personnages sont, dans l'ensemble, plutôt réussis (même si le mélange prises de vue réelles / images de synthèse ne s'imposait certainement pas). Les rebondissements s'enchaînent avec un bon rythme. Pourquoi essayer de monter si haut, pourquoi ce besoin d'aller chercher une symbolique aussi "lourde" de sens (Egypte, immortels, manipulations cybernétiques sur le corps, etc.) alors que le questionnement sous-jacent au film (que laisser de notre passage sur Terre ? Comment en laisser une trace ?) est, tout compte fait, relativement simple ? A voir, par curiosité, mais pas en priorité.
Agents Secrets : surprenant et déroutant. Ayant fait peu de cas des critiques parues ici ou là sur le film de Frédéric Schoendoerffer, je suis allé le voir sans trop savoir de quoi il retournait. Je m'attendais à un énième clone de James Bond et autres histoires d'espionnage. Pas du tout. Voilà un film qui tente une approche réaliste - et pas angélique pour un sou - du métier d'espion, sans manichéisme. En mettant sur l'échiquier les différents acteurs de ce monde, en les montrant piégés dans les mailles d'un filet qu'ils ne peuvent dénouer, Frédéric Schoendoerffer tente une approche audacieuse. Manque juste un petit zeste de quelque chose pour transformer ce déjà bien agréable divertissement en "must have seen".
Confidences trop intimes : Fabrice Luchini aura beau s'être donné du mal, pendant la promo, pour soutenir que "oui, c'est un film français, mais cela ne veut pas dire chiant !", la nouvelle réalisation de Patrice Leconte est l'archétype de ce qu'une certaine partie de nos cinéastes ont l'habitude de produire. Dans Confidences trop intimes, il n'y a pas de surprise pour qui a l'habitude de voir régulièrement des oeuvres hexagonales. Fabrice Luchini et Sandrine Bonnaire, en bons "routiers" du cinéma, connaissent la musique et savent s'effacer devant leur personnage. Résultat pas désagréable, notamment par la manière dont Patrice Leconte rend honneur à ses acteurs. Mais le tout est certainement un peu trop convenu.
Deux Frères : l'objectif d'Annaud est simple : proposer aux spectateurs un conte, pour se divertir d'un quotidien parfois gris/noir. Il ne faut pas chercher plus loin. A quoi bon pinailler sur un scénario téléphoné, les rôles des humains plus que caricaturaux (ce qui semble assumé, comme peut le prouver la présence de Jean-Claude Dreyfus au générique), ou encore l'anthropomorphisme auquel cède le réalisateur ? Je préfère garder en tête ces formidables images, ces plans somptueux et ces tigres auxquels le film rend un bel hommage. Un bon moment de détente.
Immortel (ad vitam) : "je ne suis vraiment pas un grand fan de Bilal". Voilà la pensée qui m'a traversé l'esprit en sortant de la salle. L'intrigue pique la curiosité, les personnages sont, dans l'ensemble, plutôt réussis (même si le mélange prises de vue réelles / images de synthèse ne s'imposait certainement pas). Les rebondissements s'enchaînent avec un bon rythme. Pourquoi essayer de monter si haut, pourquoi ce besoin d'aller chercher une symbolique aussi "lourde" de sens (Egypte, immortels, manipulations cybernétiques sur le corps, etc.) alors que le questionnement sous-jacent au film (que laisser de notre passage sur Terre ? Comment en laisser une trace ?) est, tout compte fait, relativement simple ? A voir, par curiosité, mais pas en priorité.
Agents Secrets : surprenant et déroutant. Ayant fait peu de cas des critiques parues ici ou là sur le film de Frédéric Schoendoerffer, je suis allé le voir sans trop savoir de quoi il retournait. Je m'attendais à un énième clone de James Bond et autres histoires d'espionnage. Pas du tout. Voilà un film qui tente une approche réaliste - et pas angélique pour un sou - du métier d'espion, sans manichéisme. En mettant sur l'échiquier les différents acteurs de ce monde, en les montrant piégés dans les mailles d'un filet qu'ils ne peuvent dénouer, Frédéric Schoendoerffer tente une approche audacieuse. Manque juste un petit zeste de quelque chose pour transformer ce déjà bien agréable divertissement en "must have seen".
03.03.04
Jenseits der Stille, de Caroline Link [Cinéma]
Les films projetés en cours d'allemand, ce ne sont pas forcément les classiques Le Mariage de Maria Braun ou Le Dictateur. Ce peut aussi être Jenseits der Stille (Beyond silence), oeuvre allemande réalisée en 1996, traitant du thème de la surdité. Parmi les personnes qui y ont participé, on retrouve les actrices françaises Sylvie Testud (dans un de ses premiers rôles) et Emmanuelle Laborit. Il faut rappeler que, dans les années 90, Emmanuelle Laborit a beaucoup contribué à l'amélioration de l'image des sourds dans la société française. Ses prises de position, son histoire, et l'obtention du Molière de la Meilleure Actrice pour sa performance dans Les Enfants du Silence ont fait d'elle une porte-parole de cette cause. Son combat pour la promotion de la langue des signes reste, plus que jamais, d'actualité.
Pour en revenir à Jenseits der Stille, l'intrigue aborde la surdité suivant un angle original : quelle vie pour les enfants entendants de parents sourds ? Lara, l'héroïne du film, est justement la fille de deux sourds-muets. Si, dans son enfance, elle s'accomode plutôt bien de cette situation, en servant par exemple d'interprète à ses parents auprès des professeurs ou des banquiers, tout deviendra beaucoup plus complexe dès lors qu'elle souhaitera pratiquer la clarinette. La musique, un monde totalement étranger à ses parents. Son père, en particulier, déjà brouillé avec une soeur musicienne, supporte mal de voir sa propre fille s'investir dans un univers auquel il ne peut accéder ...
L'intérêt principal du film est de renverser le schéma traditionnel qui consiste à s'intéresser au thème de la surdité à travers les yeux d'un enfant sourd vivant dans une famille d'entendants. Le pari est réussi et, même si on n'échappe pas à quelques scènes classiques de mélo, l'intrigue invite à la réflexion. Surtout que les difficultés de cette famille allemande ne sont pas seulement liées au handicap mais constituent aussi une métaphore des problèmes de communication auxquels chacun peut être confronté au quotidien.
25.02.04
Podium, de Yann Moix ; Turning Gate, de Hang Sang-Soo ; Buongiorno Notte, de Marco Bellochio [Cinéma]
Podium : un agréable divertissement. Dommage que Yann Moix gâche un peu le potentiel initial du film (l'"héritage" Claude François, le talent de Benoit Poelvorde, la qualité des seconds rôles, telle Julie Depardieu, particulièrement convainquante) par une mise en scène trop molle (et Evelyne Thomas ne sait même pas jouer son propre rôle, c'est navrant).
Turning Gate : même si j'ai un certain attrait pour les films asiatiques, j'ai trouvé celui-ci poussif. De beaux acteurs, mais l'intrigue traîne en longueur.
Buongiorno Notte : pari réussi pour Marco Bellochio qui a pris le parti de ne pas faire une reconstitution historique stricte de l'enlèvement d'Aldo Moro par les Brigades Rouges, dans l'Italie de 1978. Un huis-clos passionnant qui se garde bien de juger. Une réussite !
Turning Gate : même si j'ai un certain attrait pour les films asiatiques, j'ai trouvé celui-ci poussif. De beaux acteurs, mais l'intrigue traîne en longueur.
Buongiorno Notte : pari réussi pour Marco Bellochio qui a pris le parti de ne pas faire une reconstitution historique stricte de l'enlèvement d'Aldo Moro par les Brigades Rouges, dans l'Italie de 1978. Un huis-clos passionnant qui se garde bien de juger. Une réussite !
09.02.04
L'esquive, d'Abdellatif Kechiche [Cinéma]
Cette banlieue-là, on ne la voit jamais au journal de 20h. Car elle ne fait pas peur.
Krimo vit dans une cité HLM de la région parisienne. Son père est actuellement en prison. Il vit avec sa mère, dans un modeste appartement, caressant le rêve de partir sur un voilier au bout du monde. Depuis quelques temps, il y a de l'orage dans l'air avec sa copine.
Un jour, alors qu'il traîne dans la cité, il tombe sur Lydia, une de ses amies d'enfance, qui va répéter le Jeu de l'Amour et du Hasard, de Marivaux. A cette occasion, il se rend compte du charme de la jeune fille et ne souhaite plus qu'une chose : pouvoir passer du temps avec elle et donc jouer dans la pièce ...
L'esquive est un très beau film. Qui ne cède en rien aux poncifs. Abdellatif Kechiche montre la banalité de la vie dans les cités, ne faisant de compromis ni dans un sens, ni dans un autre. Oui, certains petits mecs cherchent à imposer leur loi aux filles, jouant de leur force parfois (telle la scène où le meilleur ami de Krimo, Eric, confisque le téléphone portable de l'une des amies de Lydia). Oui, les interventions policières sont souvent musclées, même pour une "simple" fouille au corps ...
Le travail sur les dialogues est remarquable. Car la langue française vit dans les banlieues, elle s'y enrichit, s'y dynamise. La France aurait tout intérêt à se rendre compte que ce qui fait la richesse d'un pays, c'est sa diversité. Kechiche en offre un bel exemple en mélangeant l'argot des banlieues avec la langue de Marivaux, l'histoire de Krimo et Lydia avec celle d'Arlequin et Lisette ...
Krimo vit dans une cité HLM de la région parisienne. Son père est actuellement en prison. Il vit avec sa mère, dans un modeste appartement, caressant le rêve de partir sur un voilier au bout du monde. Depuis quelques temps, il y a de l'orage dans l'air avec sa copine.
Un jour, alors qu'il traîne dans la cité, il tombe sur Lydia, une de ses amies d'enfance, qui va répéter le Jeu de l'Amour et du Hasard, de Marivaux. A cette occasion, il se rend compte du charme de la jeune fille et ne souhaite plus qu'une chose : pouvoir passer du temps avec elle et donc jouer dans la pièce ...
L'esquive est un très beau film. Qui ne cède en rien aux poncifs. Abdellatif Kechiche montre la banalité de la vie dans les cités, ne faisant de compromis ni dans un sens, ni dans un autre. Oui, certains petits mecs cherchent à imposer leur loi aux filles, jouant de leur force parfois (telle la scène où le meilleur ami de Krimo, Eric, confisque le téléphone portable de l'une des amies de Lydia). Oui, les interventions policières sont souvent musclées, même pour une "simple" fouille au corps ...
Le travail sur les dialogues est remarquable. Car la langue française vit dans les banlieues, elle s'y enrichit, s'y dynamise. La France aurait tout intérêt à se rendre compte que ce qui fait la richesse d'un pays, c'est sa diversité. Kechiche en offre un bel exemple en mélangeant l'argot des banlieues avec la langue de Marivaux, l'histoire de Krimo et Lydia avec celle d'Arlequin et Lisette ...
07.02.04
Le sourire de Mona Lisa, de Mike Newell [Cinéma]
Si ce film n'avait pas réuni Julia Roberts et Kirsten Dunst à l'affiche de ce film, il serait passé totalement inaperçu.
L'histoire, éternelle ritournelle de ces "héros" du quotidien américains qui se battent contre le conservatisme, tourne autour de Katherine Watson, une jeune femme progressiste partie enseigner, à l'automne 1953, l'histoire de l'art à la prestigieuse école pour filles de Wellesley. Mais à Wellesley, on n'est pas du genre à parler art contemporain, mais plutôt à formater les jeunes filles pour qu'elles deviennent de parfaites femmes au foyer. Un schéma qui n'est pas du goût de notre admirable héroïne ... Mais est-ce qu'une simple prof peut tout faire changer ?
Le Sourire de Mona Lisa, c'est la bienpensance hollywoodienne dans toute sa splendeur, avec sa morale "l'important, c'est de faire les choix qui nous correspondent, pas ceux qu'on nous impose - il faut penser par soi-même !". Les performances de Julia Roberts et Kirsten Dunst ne suffisent pas à faire oublier la platitude de l'intrigue. Et dire que certains ont osé écrire que c'était le Cercle des Poètes Disparus féminin ...
L'histoire, éternelle ritournelle de ces "héros" du quotidien américains qui se battent contre le conservatisme, tourne autour de Katherine Watson, une jeune femme progressiste partie enseigner, à l'automne 1953, l'histoire de l'art à la prestigieuse école pour filles de Wellesley. Mais à Wellesley, on n'est pas du genre à parler art contemporain, mais plutôt à formater les jeunes filles pour qu'elles deviennent de parfaites femmes au foyer. Un schéma qui n'est pas du goût de notre admirable héroïne ... Mais est-ce qu'une simple prof peut tout faire changer ?
Le Sourire de Mona Lisa, c'est la bienpensance hollywoodienne dans toute sa splendeur, avec sa morale "l'important, c'est de faire les choix qui nous correspondent, pas ceux qu'on nous impose - il faut penser par soi-même !". Les performances de Julia Roberts et Kirsten Dunst ne suffisent pas à faire oublier la platitude de l'intrigue. Et dire que certains ont osé écrire que c'était le Cercle des Poètes Disparus féminin ...
03.02.04
From Hell [Cinéma]
Après le mémorable Sleepy Hollow, Johnny Depp joue de nouveau un rôle d'inspecteur : cette fois-ci, dans From Hell, il est sur les traces de Jack l'Eventreur. L'histoire se déroule, en effet, en 1888, dans une ville de Londres assez miséreuse. Des prostituées sont assassinées de manière atroce (et le film ne lésine pas sur les détails ... On comprend vite pourquoi il est interdit aux moins de 12 ans). Qui commet ces crimes ? A-t-il un but précis ? L'inspecteur Abberline (joué par Johnny Depp) va essayer de reconstituer les pièces d'un puzzle. Il ne sait pas jusqu'où cela va le mener.
Les frères Hughes se sont inspirés du roman-BD du même nom, sorti l'an dernier. Si leur explication du "mythe" de Jack l'Eventreur est peu plausible, le film n'en demeure pas moins un très agréable divertissement. Une fois de plus, Johnny Depp s'en tire de fort belle manière, dans ce rôle d'inspecteur "aux frontières du réel". En effet, son personnage est opiomane, et a des visions qui l'aident, plus ou moins, à résoudre ses enquêtes. La multitude de personnages secondaires, loin de grever le film, l'enrichisse, et brouille encore un peu plus les pistes. Et on ne pourra s'empêcher de comparer From Hell au triste Vidocq de Pitof : leur sujet présente quelques similarités. Mais, là où Pitof échoue, les frères Hughes s'en tirent avec les honneurs : les effets visuels utilisés sont ridicules dans Vidocq, pas dans From Hell. En outre, on appréciera, dans le film des frères Hughes, la reconstitution du Londres d'époque.
From Hell est un film noir. Un bon film noir.
Les frères Hughes se sont inspirés du roman-BD du même nom, sorti l'an dernier. Si leur explication du "mythe" de Jack l'Eventreur est peu plausible, le film n'en demeure pas moins un très agréable divertissement. Une fois de plus, Johnny Depp s'en tire de fort belle manière, dans ce rôle d'inspecteur "aux frontières du réel". En effet, son personnage est opiomane, et a des visions qui l'aident, plus ou moins, à résoudre ses enquêtes. La multitude de personnages secondaires, loin de grever le film, l'enrichisse, et brouille encore un peu plus les pistes. Et on ne pourra s'empêcher de comparer From Hell au triste Vidocq de Pitof : leur sujet présente quelques similarités. Mais, là où Pitof échoue, les frères Hughes s'en tirent avec les honneurs : les effets visuels utilisés sont ridicules dans Vidocq, pas dans From Hell. En outre, on appréciera, dans le film des frères Hughes, la reconstitution du Londres d'époque.
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Les vignettes ci-dessus correspondent à mes coups de coeur du moment. Elles représentent :
- Nantes : la ville dans laquelle j'étudie depuis plus de deux ans. Un climat et un cadre des plus agréables.
- K's Choice : c'est au cours de mon séjour en Belgique que j'ai découvert ce groupe de pop-rock belge. K's Choice a percé sur la scène internationale en 1996, avec le tube "I'm not an addict". Pourtant, le talent de Sarah et Gert Bettens ne saurait se résumer à ce seul titre. Une compilation, intitulée "10" et résumant les dix années d'existence du groupe est disponible en CD et en DVD.
- Keren Ann : elle s'était fait un nom en travaillant avec Benjamin Biolay sur l'album "Vue sur ..." de Salvador. Après une très belle "Disparition", elle nous revient avec un album anglais tout en délicatesse, Not Going Anywhere. Un pur bonheur.
- Cali : révélation musicale de cette rentrée, Cali a composé un album traitant d'un seul et unique thème : l'amour. Il en parle avec réalisme et humour. A découvrir.
- Wolf's Rain : série d'animation réalisée par le prolifique et talentueux Studio Bones, Wolf's Rain se situe dans un futur dont les loups auraient disparu. Pourtant, eux seuls connaîtraient le chemin vers l'Eden. Et si des loups solitaires rôdaient encore en ce monde ?
- Lene Marlin : révélation musicale de la rentrée 1999, la jeune norvégienne nous propose enfin son second album (Another Day). Les textes sont plus mâtures, la voix toujours aussi douce, bien soutenus par une musique efficace.
- 24 : dans le seconde saison de 24 (renommée 24h Chrono sur Canal +), Jack Bauer et David Palmer, devenu le premier Noir président des Etats-Unis, doivent empêcher qu'une bombe nucléaire n'explose à Los Angeles. Un compte-à-rebours tendu, avec toujours plus de rebondissement, de retournements de situations, de pression.
- Buffy The Vampire Slayer : la septième et dernière saison de Buffy sera diffusée bientôt en France. 22 derniers épisodes qui concluent en beauté la série, avec un ennemi plus redoutable que jamais. Cette saison, tout sera une question de pouvoir.
- Witch Hunter Robin : série TV de 26 épisodes produite en 2002 par Sunrise. Une ambiance prenante, un scénario intelligent.
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