27.03.04

De la recherche française ..., de Hélène Cherrucresco [Recherche]
Couverture du livreC'est cette semaine qu'est paru, chez Gallimard, l'ouvrage d'Hélène Cherrucresco, De la recherche française ... du peu qu'il en reste et du pire qui l'attend encore.

Hélène Cherrucresco, c'est un pseudonyme : l'anagramme de "chercheurs en colère". Hélène a commencé à faire parler d'elle en septembre 2003, après avoir envoyé à un certain nombre de journalistes scientifiques une enquête concernant le système des Fondations et dénonçant les pressions de l'industrie biotechnologique. A partir de là, la machine s'emballe, Hélène acquiert une certaine renommée en envoyant régulièrement à la presse des papiers.
Mais Hélène tient à l'anonymat de ses membres. Peut-être une condition sine qua non pour dénoncer librement certaines pratiques habituellement taboues.

Même si le collectif Sauvons la Recherche a fait prendre conscience au grand public de la crise dans laquelle la recherche française s'enfonçait, Hélène a ressenti le besoin d'écrire un livre car, dit-elle :
"La pétition "Sauvons la Recherche publique" qui réunit plusieurs milliers de signatures crée l'événement. Les journalistes, prêts depuis longtemps, relaient de façon massive la crise de la recherche.
L'opinion est maintenant au fait du problème. Mais l'aspect financier sur lequel se cristallise le débat ne me satisfait pas : il n'est que l'outil d'un démantèlement à venir. Je décide donc d'écrire un livre, un livre qui servira de cheval de Troie.
"
Hélène revient donc sur le fonctionnement de la recherche publique, une recherche dont les missions sont tout autant la production de connaissance et de savoir que la diffusion du savoir. Hélène revient aussi sur les projets fondateurs de la recherche publique, puis sur la phase de destruction qui fait rage depuis une dizaine d'années. L'occasion de remettre certaines pendules à l'heure : si Claudie Haignéré aime à rappeler que la France a augmenté sa dépense de recherche de 2,4% depuis 1995, ce taux fait pâle figure devant celui que peuvent afficher l'Italie (2,7%), le Japon (2,8% entre 1996 et 2001), ou encore les Etats-Unis (5,4%) et l'Espagne (6,5%). Sans même parler des pays nordiques ...

Parallèlement, Hélène aborde de nouveau le sujet qui l'avait faite connaître : elle évoque aussi bien le lobby des industries biotechnologiques que l'influence du secteur militaire sur la recherche de pays tels que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France alors que, pourtant, existe un Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires.

L'ouvrage se poursuit par une petite séance de "travaux pratiques" : les difficultés du CNES, la diminution des crédits alloués à l'archéologie et, enfin, le (mauvais) exemple britannique. Le système adopté de l'autre côté de la Manche, c'est un peu le fantasme absolu de notre actuel gouvernement français : "en 2003, sur les 43 000 chercheurs à temps plein que compte le Royaume-Uni, 41 000 le sont sur des contrats à durée déterminée. Ils étaient 30 000 en 1994." Bien entendu, les conséquences sont désastreuses et une commission parlementaire britannique de la Chambre des Communes concluait en ces termes :
"La proportion de chercheurs travaillant sur des contrats à durée déterminée est trop élevée. Le point de départ de toute politique devrait être de réduire cette proportion ... La funeste distinction entre employés permanents et précaires doit disparaître. Nous devons rechercher la sécurité de tous les personnels de l'éducation supérieure."

"The proportion of researchers working on fixed-term contracts is too high. The starting point for any policy should be to reduce this proportion. [...] We must end the damaging distinction between permanently employed academics and CRS. We must aim for security for all higher education staff even if this means that none is entitled to a job for life."
Source : Rapport figurant sur le site de la Chambre des Communes
Hélène termine son étude par des propositions visant à rétablir "une recherche publique au service du public" et à "démocratiser la politique scientifique". C'est ainsi qu'elle explique que "les résultats de la recherche publique doivent être accessibles à tous. Ils doivent donc être protégés des méthodes discriminatoires de diffusion de connaissances, comme certains brevets, certains contrats industriels de non-divulgation, etc. L'un des modèles à suivre est celui des logiciels et licences libres, inventés par des informaticiens." Et, suivant ce principe, avec l'accord de Gallimard, Hélène a publié son livre sous copyleft. L'un des rares ouvrages "grand public", à ma connaissance, à être édité sous ce procédé ! Cela signifie que la reproduction et la diffusion du livre sont libres à condition qu'elles soient fidèles, dans le texte et l'esprit. Pour plus de renseignements sur les logiciels libres et le copyleft, consulter la rubrique qui y est consacrée sur ce weblog.

Bref, un petit livre à lire pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la crise traversée actuellement par la recherche, offrant une vision différente (mais pas antithétique) de celle proposée par le collectif "Sauvons la Recherche".

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