18.01.04

Violence des Echanges en Milieu Tempéré, de Jean-Marc Moutout [Cinéma]
Il faut savoir que, dans mon école, nous avons environ 25h de Communication chaque année.
Je sors justement du "séminaire" de Comm' de troisième année qui s'est étalé sur la semaine. L'enseignement se faisait autour de trois pôles : le management des relations humaines, la gestion des conflits et la conduite de réunions.
Nous avons effectué plusieurs jeux de rôle, mettant en scène notamment des restructurations de production ou des situations de rachat d'une entreprise par une autre société. En groupes, nous devions discuter de plans d'action en tenant compte des informations qui nous étaient fournies. Par exemple :
"Raymonde et Claire ont 15 ans d'ancienneté, elles sont très routinières. Raymonde est peu soignée de sa personne et son apparence ne vous semble pas conforme à l'image de l'entreprise. Claire a une bonne présentation, mais arrive souvent en retard. Lucie, jeune vendeuse dynamique, est ravie des changements de politique commerciale et de collection, elle est ambitieuse et espère être nommée première vendeuse. Etc."

Ces travaux faisaient ressortir nettement les mentalités de chacun. Ainsi quelques-uns n'hésitaient pas à "couper des têtes" et à faire des plans sociaux à tour de bras. Ce sont notamment ceux qui souhaitent, à la sortie de l'école, s'orienter dans le management et le consulting qui adoptaient ce comportement.

Cette même semaine est sorti au cinéma le très bon Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout. Ce film nous présente les premiers pas de Philippe, jeune diplômé, au sein de Mac Gregor, un gros cabinet en consulting pour les entreprises.
Pour sa première mission, il est encadré par le partner le plus efficace de la boîte, Hugo Paradis. Leur objectif est de préparer le rachat d'une usine provinciale par un grand groupe suédois (avec compression des effectifs à la clef). Sauf que pour exercer ce métier, mieux vaut laisser ses scrupules au vestiaire ; c'est ce que va apprendre bien vite notre cher Philippe. Surtout qu'il vit une histoire naissante avec Eva, une jeune mère célibataire, qui travaille comme intérimaire. Et Eva n'hésite pas à le mettre face à ses contradictions.

Violence des échanges en milieu tempéré, c'est la plongée mortelle dans l'univers des gens biens sous tous rapports, des BMW, des costumes-cravates nickels pour les hommes, des tailleurs pour les femmes, de l'organisation des restructurations, des entretiens d'évaluation et d'un langage qui n'a plus les pieds sur terre. Car ce que les gens "normaux" appellent "plan social", eux l'appellent "amélioration permanente de la performance et de la rentabilité". Hugo Paradis, le mentor de Philippe, appelle les ouvriers des "tocards" et traite de lopette celui qui a des scrupules à licencier.

Le fait est - et cette réflexion ne date pas d'hier, mais plutôt des premiers cours de ressources humaines que j'ai suivis il y a plus de deux ans - que je ne suis pas convaincu que nos écoles françaises ne forment pas ce type de managers. Certains intervenants industriels pourraient très bien avoir formé Hugo Paradis. En outre, ces jeux de rôle sensés enseigner les fonctions d'encadrement ont des effets pervers dont le plus notable est la déshumanisation de ce qu'on appelle les "ressources humaines".

Violence des échanges en milieu tempéré est une réussite car il évite d'être un brûlot politique. C'est une simple immersion dans un univers qui, pour beaucoup, est obscur. Ce pourrait presque être un documentaire tant Jean-Marc Moutout filme sans effet superflu, sans exagération. Passionnant. Et terriblement effrayant.

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