Compte-rendu de la rencontre avec Isao Takahata à Nantes

09/07/2008 par Morgan

Isao Takahata (réalisateur, entre autres, du Tombeau des Lucioles et de Mes Voisins les Yamada au studio Ghibli) a profité de l’inauguration de l’exposition “Mondes et merveilles du dessin animé. Grimault. Takahata. Miyazaki” à l’Abbaye de Fontevraud pour passer quelques jours en France en ce début de semaine. C’est dans le cadre de ce séjour que ce grand auteur japonais a fait un détour par Nantes.
Le cinéma Le Katorza lui consacrait une soirée spéciale, avec la diffusion du Roi et l’Oiseau de Paul Grimault (long métrage qui a provoqué, de l’aveu même de M. Takahata, un “déclic” dans son parcours artistique) et du Tombeau des Lucioles. La projection était suivie d’une rencontre-débat au cours de laquelle le public a pu questionner directement ce maître de l’animation nippone.

M. Takahata entretient de longue date une relation privilégiée avec la France. Il a en effet étudié la littérature française à l’Université de Tôkyô. C’est dans les années 50 qu’il découvre le travail de Paul Grimault, à travers La Bergère et le Ramoneur (qui correspond au premier montage - désavoué par M. Grimault lui-même - du film qui deviendra plus tard Le Roi et L’Oiseau). C’est un tournant. Isao Takahata explique que c’est grâce à ce film qu’il a pu véritablement cerner les modalités de la conception cinématographique. Et que s’il a choisi l’animation, ce n’est pas parce que ce medium recèlerait des possibilités formelles plus étendues que la prise de vue réelle. Il n’y a pas, selon lui, d’opposition ou de hiérarchie entre ces Il s’est tourné vers le dessin animé car, dit-il, “les modalités de l’animation semblaient mieux correspondre à [son] état d’esprit.” Et M. Takahata d’ajouter : “Par exemple, même pour Le Tombeau des Lucioles, je n’ai jamais eu l’impression de réaliser un film qu’il aurait été possible avec le cinéma en prises de vue réelles. Dans l’adaptation animée que j’ai réalisée, j’ai la sensation que nous avons réussir à montrer une certaine conception de la vie et de la mort. Maintenant, avec la nouvelle adaptation “live” du Tombeau des Lucioles qui va sortir au cours de l’été au Japon, les spectateurs pourront certainement mieux cerner les possibilités propres à chaque registre. Je suis très curieux de voir les choix de mise en scène qui auront été opérés.

Il faut savoir que M. Takahata se définit plutôt comme metteur en scène que comme auteur. Il explique en effet que la plupart des séries qu’il a réalisées ne partaient pas d’un scénario original, mais de romans déjà existants (à l’instar d’Heidi) : il s’agissait de partir d’une base initiale et de l’étoffer, de la densifier pour en faire un feuilleton. Ceci dit, de l’avis de nombreux spectateurs, l’apport de Isao Takahata à l’animation va bien au-delà. Interrogé sur la portée pédagogique du Tombeau des Lucioles, M. Takahata rappelle qu”il existe, au Japon, de nombreux films traitant de la souffrance des populations pendant la seconde guerre mondiale. Même si elle est méconnue en France, cette production ne peut pas être ignorée. Et, au Japon, nombreux sont ceux qui sont tentés de considérer le Tombeau des Lucioles comme relevant de cette catégorie de titres pacifistes.” M. Takahata enchaîne alors en évoquant ses doutes quant à la portée de ce type d’œuvres : “Mais personnellement, je suis assez sceptique devant ce qualificatif d’”anti-guerre” ou de “pacifiste”. Je ne suis pas sûr que ce type de production - qui montre les horreurs d’une guerre déjà déclarée - soit réellement efficace. A contrario, ce qui me paraît important, c’est de mettre en avant les enjeux éthiques de la guerre : être capable de se questionner sur les raisons d’un conflit qui débute. Et c’est justement toute la force que je trouve dans Le Roi et l’Oiseau. Le long métrage de Paul Grimault met en lumière ce type de perception. De mon point de vue, ce film garde encore aujourd’hui la même justesse dans sa manière de décrire le monde. Notamment à travers la structure verticale de cet univers créé par M. Grimault. Il me semble que cette verticalité prend de plus en plus de place dans les conflits d’aujourd’hui. Le Roi et l’Oiseau est ainsi empreint d’une véritable force d’actualité. Son propos se retrouve aussi bien dans les événements qui se tenaient en Pologne (la création du syndicat Solidarnosc, étape essentielle de la chute du bloc communiste) à la sortie du film en 1980 ou dans les attentats du 11 septembre 2001 à New York.

Après avoir évoqué le rôle des œuvres de Paul Grimault dans la carrière de Isao Takahata, la tentation est grande de retourner la question : quelle influence M. Takahata pense-t-il avoir eue sur d’autres auteurs ? En la matière, le réalisateur japonais minimise : “Je ne crois pas que mon travail ait eu un impact. Prenez Michel Ocelot [réalisateur de Kirikou et de Azur et Asmar] : j’ai personnellement assuré la supervision des versions japonaises de ses films. Et si je l’ai fait, c’est parce qu’il n’y a rien de comparable au Japon. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas la moindre trace de mon influence dans les oeuvres de M. Ocelot !

Et quand on lui demande s’il est plus particulièrement fier d’un de ses longs métrages, M. Takahata élude la question : “Je n’ai de préférence particulière pour aucun de mes films. Je dois toutefois avouer que Souvenirs Goutte à Goutte occupe une place particulière dans ma filmographie. Cette œuvre a bénéficié d’une réunion exceptionnelle de talents et de compétences.

Terminons le compte-rendu de cette rencontre en évoquant l’exposition proposée à l’Abbaye de Fontevraud. M. Takahata s’est personnellement investi dans ce projet, il l’a soutenu au sein du studio Ghibli et lui a ainsi permis de voir le jour. Paulette et Henri Grimault ont également contribué à la mise en oeuvre de cet événement. L’exposition, centrée sur les trois artistes majeurs que sont Paul Grimault, Isao Takahata et Hayao Miyazaki, se tient jusqu’au 16 novembre 2008. Des projections de films en plein air et des conférences accompagnant l’exposition sont prévues tout au long de l’été. Le programme complet est disponible sur le site de l’Abbaye.

Remerciements au cinéma Le Katorza, à Jean-Marc Vigouroux, à Xavier Kawa-Topor, à Ilan N’Guyen, à l’équipe de l’Abbaye de Fontevraud et, bien entendu, à M. Takahata. 

Fly For Fun, du jeu vidéo à la BD : un manga français signé Rosalys

26/06/2008 par Morgan

Aujourd’hui, je vous livre un billet spécial pour célébrer la publication de la première bande-dessinée professionnelle de mon amie Rosalys ! Pour les plus pressés, retenez juste qu’elle est accessible à l’adresse http://flyff.foolstrip.com et qu’une nouvelle planche sera mise en ligne chaque semaine.

Illustration annonçant le manga Fly For Fun par RosalysEt pour ceux qui ont un peu de temps, je vais présenter plus longuement cette œuvre. Il s’agit en fait de l’adaptation en BD du jeu vidéo en ligne Fly for Fun (Flyff). Elle est éditée grâce à la maison d’édition de bandes dessinées en ligne Foolstrip et l’éditeur de jeu Gala Network.

Fly For Fun est un jeu de rôle en ligne massivement multi-joueur (MMORPG) d’origine coréenne qui compte plusieurs millions de joueurs à travers le monde. Tout comme le jeu dont elle est issue, la BD est accessible gratuitement sur Internet, via le site de Foolstrip. Elle est scénarisée et dessinée par la jeune artiste nantaise Rosalys.

Fly For Fun baigne dans une atmosphère manga. Une filiation qu’on retrouve dans les planches de Rosalys, aussi bien dans les codes graphiques utilisés que dans le côté feuilletonnesque de l’œuvre. En effet, si les quatre premières planches du manga Fly for Fun sont d’ores et déjà disponibles, les lecteurs sont invités à suivre l’aventure à hauteur d’une à deux nouvelles planches par semaine (parution tous les mardis). Une version papier de cette BD est également destinée à être publiée dans l’avenir.

N’hésitez plus : envolez-vous dans les airs aux côtés de Fley, qui rêve de liberté dans un monde de tolérance entre les espèces. Mais que faire pour la paix, si ce n’est faire la guerre contre la guerre ? C’est le commencement d’une quête au nom de l’amitié où l’écoute d’autrui sera, plus que jamais, primordiale.

La BD, qui peut donc être lue gratuitement à l’adresse http://flyff.foolstrip.com, dispose également de son MySpace dédié. Enfin, n’hésitez pas à laisser des commentaires sur le forum consacré à ce titre ! J’espère que vous serez nombreux à encourager Rosalys au fil des mois que vont durer cette histoire.

Compte-rendu du Festival International du Film d’Animation d’Annecy 2008

18/06/2008 par Morgan

Les personnages de Mia et le Migou dans AnnecyComme chaque année à la même époque, la ville d’Annecy a été le siège d’un Festival International du Film d’Animation qu’on assimile (à raison) au Cannes du dessin animé. Cette année, deux invités d’honneur : d’une part, l’Inde, à travers des projections et une exposition mettant en lumière ce pays émergent au niveau cinématographique ; d’autre part, les Simpson qui furent l’objet d’une journée dédiée et de mémorables séances de dédicaces de leur “père” Matt Groening. Mais on célébrait également le centenaire du premier film d’Emile Cohl, Fantasmagorie, ainsi que les 10 ans du distributeur Gebeka Films.
Le palmarès de la compétition de cette édition 2008 est d’ores et déjà en ligne. À travers les différents prix décernés, l’événement joue à fond son rôle de promoteur d’une “alternative” à l’animation de masse produite par les grands studios américains (qui ne sont pas pour autant dénigrés - chaque année sont ainsi proposées des avant-premières et des tables-rondes avec Pixar et les autres acteurs majeurs de l’animation mondiale).

Contrairement aux années précédentes, où je m’attachais à offrir un compte-rendu synthétique du festival, je vous propose ici une présentation de mes coups de cœur, tant en termes de longs (12 films vus) que de courts métrages (10 séances). Habituellement, j’écris des chroniques aussi objectives que possibles, en essayant d’analyser aussi bien les forces que les faiblesses des oeuvres auxquelles je m’intéresse ; exceptionnellement pour ce billet (et peut-être d’autres à venir), mes avis seront volontairement très subjectifs et tranchés.

Mia et le Migou, de Jacques-Rémy Girerd

Folimage présentait en avant-première mondiale son nouveau long métrage (sortie prévue en France le 3 décembre 2008). Avec cette nouvelle réalisation, le studio de Valence propose en quelque sorte un Princesse Mononoke à la française. Les thèmes abordés - la préservation de notre environnement face à des industriels sans scrupules, la protection de la nature par de mystérieuses divinités, le voyage initiatique - rappellent immanquablement les préoccupations de Hayao Miyazaki. S’il est difficile de ne pas penser au maître japonais de l’animation en visionnant certaines scènes de Mia et le Migou, le film mêle les influences (l’héroïne a des petits airs de Zia des Mystérieuses Cités d’Or) et se situe, de par les messages véhiculés, dans la droite lignée des précédentes productions de Jacques-Rémy Girerd.

Illustration extraite de Mia et le MigouL’histoire met en scène Mia, une fillette d’Amérique du Sud qui a récemment perdu sa mère. Ne supportant plus d’être seule, elle décide de partir à la recherche de son père. Celui-ci est ouvrier sur un chantier dont l’objectif est de transformer une superbe baie naturelle en résidence hôtelière de luxe pour clients fortunés. Le commanditaire du projet est un entrepreneur sans scrupules qui s’est laissé consumer par le travail au point de sacrifier sa vie de famille. Alors quand des incidents mystérieux surviennent sur le chantier, il refuse évidemment de prendre en compte les avertissements que l’environnement lui adresse… Pendant ce temps, Mia traverse le pays et découvre des facettes très diverses de la nature humaine.

Que ce soit clair : Mia et le Migou est mon grand coup de coeur de ce 32e Festival International du Film d’Animation d’Annecy ! Le dessin 2D est superbe, l’animation fluide, l’ambiance musicale en parfaite adéquation avec les images, le propos à la fois touchant et essentiel, le doublage soigné… l’ensemble a été peaufiné avec une précision d’orfèvre, jusqu’au générique de fin qui voient deux chanteurs investis dans la cause environnementale (Olivia Ruiz et Mickaël Furnon) interpréter une chanson spécialement pour l’occasion.

Evangelion: 1.0 You are (not) alone, de Hideaki Anno, Masayuki et Kazuya Tsurumaki

Illustration annonçant Evangelion: 1.0 You are (not) aloneEst-il encore nécessaire de présenter Evangelion, l’œuvre qui a révolutionné l’animation japonaise au milieu des années 90, de par ses audaces narratives et esthétiques ? Le studio Gainax a décidé de se lancer dans une vaste entreprise de “remise à jour” de son titre culte sous la forme de 4 longs-métrages à sortir entre 2007 et 2009. Ce premier opus condense les 6 premiers épisodes de la série télévisée.

En sortant de la séance, que se dire d’autre que “quelle claque !”. Non pas que la technique derrière le film soit révolutionnaire. Elle est de bonne facture, avec une utilisation raisonnable et raisonnée de l’ordinateur. Mais alors qu’on aurait pu s’attendre à une énième reprise des séquences de la série (comme c’était le cas dans le film “compilation” Death), on est surpris de découvrir que chaque plan a été redessiné pour l’occasion. C’est bien simple : on a l’impression de naviguer en terre connue et, pourtant, on est grisé par la sensation de nouveauté. Les ambiances sont ainsi foncièrement respectueuses de l’œuvre initiale tout en ayant leur personnalité propre. Quant au scénario, il est bien connu des fans de longue date (dont je fais partie). Pourtant viennent s’y glisser des éléments inédits : qui sont les mystérieux trois (et non plus deux) premiers anges apparus avant 2015 ? Que planifie véritablement Gendô depuis plus de 15 ans ? Qu’est-ce qui se cache véritablement au cœur du Central Dogma ? Ces nouvelles questions aiguisent l’intérêt du spectateur.

Il eut été difficile de faire une meilleure relecture des débuts d’Evangelion. Le travail d’adaptation est remarquable et confère à ce premier long métrage une unité indiscutable. Evangelion: 1.0 You are (not) alone devrait ainsi plaire aussi bien aux amateurs de la première heure qu’à ceux qui, jusque là, n’avaient pas le courage de se lancer dans cette série d’une dizaine d’heures.

Nul doute que, comme en 1995, Gainax va de nouveau nous mener en bateau. Mais quel pied que de se laisser conduire par d’aussi bons capitaines !

Byôsoku 5 Centimeters, de Makoto Shinkai

Image extraite de Byôsoku 5 CentimetersMakoto Shinkai est un réalisateur encore injustement méconnu des fans d’animation. Il s’est pourtant distingué dès 2002 sur Hoshi no koe/The Voices of a Distant Star, qu’il a réalisé quasiment seul. Quant à son premier long métrage, Kumo no mukô, yakusoku no basho/The Place Promided in Our Early Days, j’ai déjà au l’occasion de dire tout le bien que j’en pensais.

Makoto Shinkai revient avec un film tout aussi poétique que ses précédentes réalisations. Byôsoku 5 Centimeters est décomposé en trois segments qui ont pour thème commun la distance (amoureuse, physique) séparant des êtres attirés l’un vers l’autre. Des personnages touchants, une esthétique sublime. Byôsoku 5 Centimeters est une pépite proposée dans le plus beau des écrins.

Quelques films supplémentaires à voir

Mon festival a commencé par la projection de Die drei Räuber/Les Trois Brigands, d’après le livre de Tomi Ungere. Un très sympathique film qui a d’ailleurs reçu le prix du public pour les longs métrages. Un conte avec une orpheline, des brigands au grand coeur, et une méchante directrice au nez crochu.

La semaine m’a également donné l’occasion de rattraper mon retard sur certains films et de visionner notamment Peur(s) du Noir auquel ont contribué plusieurs artistes reconnus internationalement dans le milieu de la BD (Blutch, Charles Burns, Lorenzo Mattoti). Une collection de différents courts métrages autour du noir et des cauchemars qui vont avec. L’ensemble se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Dommage seulement que toutes les séquences ne soient pas du même intérêt scénaristique.

Matt Groening n’a pas hésité à dédicacer pendant près de 3 heures pour combler ses fans !Enfin, j’ai profité du fait que les Simpson soient mis en avant pour voir le film inspiré de la série TV sorti au cinéma en 2007. Un bon moment de rigolade, tirant pleinement parti du potentiel narratif des différents personnages de Springfield.

Les déceptions

Le deuxième long métrage inspiré par Appleseed (dénommé Appleseed: Ex Machina, produit par John Woo) m’a beaucoup déçu par la faiblesse de son scénario (tout paraît cousu de fil blanc). De même pour le long métrage indien Return of Hanuman, poussif tant dans son scénario que dans son animation - sans parler du fait qu’il m’est douloureux de voir des hommes prier leur dieu de vaincre le mal qu’ils ont eux-même créé.

Terminons cette partie par un mot concernant la projection de Fly me to the Moon : si ce long métrage belge est de facture classique, son plus gros défaut réside dans le mal de tête qu’il provoque. En effet, le film a été conçu pour être visionné en relief avec les lunettes adéquates… et si la technologie a fait de gros progrès au fil des ans, elle n’est pas encore véritablement convaincante.

Compétition officielle de courts métrages

Cette année, mes préférences coïncident globalement avec celles des différents jurys. Auréolé du Cristal du Meilleur Court-Métrage, La Maison en Petits Cubes, du japonais Kunio Kato, constitue une douce évocation de souvenirs pour un grand-père à l’automne de sa vie. Pas d’effets de manche techniques, tout sert ici l’efficacité du récit. KJFG N°5, du russe Alexei Alexeev, est un court métrage de deux minutes très efficace : il met en scène un groupe de musique constitué d’un ours, d’un lapin et d’un loup… mais quand le chasseur arrive, la musique va-t-elle leur être d’un grand secours ?

Image extraite de Skhizein de Jérémy Clapin Enfin Skhizein, du français Jérémy Clapin, narre la vie à la fois comique et grave d’Henri (doublé par Julien Boisselier) , un personnage frappé par une météorite de 150 tonnes… Depuis cet événement, Henri vit à 91 cm de lui-même. Dans un pareil cas, est-il possible de se retrouver ou faut-il plutôt s’accommoder de sa nouvelle condition ?

Parmi les films qui n’ont pas fait l’objet de distinction particulière mais que je conseille vivement figurent :

  • Fantasie in Bubblewrap, d’Arthur Metcalf : vous faites partie de ces gens qui prennent un malin plaisir à éclater les bulles des papiers bulles ? Eh bien, découvrez l’envers du décor et le traumatisme horrible que vivent ces petites bulles en voyant leurs consoeurs se faire massacrer par vos gros doigts !
  • Hot Dog, de Bill Plympton : le nouveau court métrage du studio Plympton et la confirmation que l’art de Bill Plympton se prête mieux à ce format qu’à celui du long métrage (ainsi Idiots and Angels, l’autre film du réalisateur américain en compétition - mais dans la catégorie des longs métrages - souffrait de longueurs inutiles). Un chien rêve d’aider son maître, pompier de son état. Pour cela, il est prêt à tout, jusqu’à provoquer les pires catastrophes.
  • Arrosez-les bien, de Christelle Soutif : drôle et dynamique, un film qui vous fera définitivement douter des bienfaits des OGM !
  • The hidden life of the burrowing owl, de Mike Roush : ou comment détourner avec talent les codes du documentaire animalier…
  • On the Edge, d’Artem Sukharev et Nikita Ratnikov : à quoi pourrait ressembler la vie d’un patineur artistique qui deviendrait routier ? Tel est le point de départ de ce court métrage particulièrement efficace dans ses exagérations.
  • Paradise, de Jesse Rosensweet : en général, je ne suis pas fan de l’animation à base de marionnettes. Pourtant, dans le cas présent, j’ai été charmé par cette histoire dans un univers où tout paraît prédéterminé par les rails sur lesquels évoluent les personnages.

Compétition officielle de films de fin d’étude

Comme à l’accoutumée, le niveau était très hétérogène dans cette catégorie, tant dans la qualité que dans la forme des œuvres en compétition. Un point que nombre de spectateurs ont remarqué : la sélection mettait en avant beaucoup d’oeuvres assez noires et pessimistes. Que feront ces jeunes artistes à l’avenir, s’enfonceront-ils dans la noirceur ou gagneront-ils un peu de lumière ? La question est posée et il nous faudra attendre quelques années avant de pouvoir esquisser une réponse.

Image extraite de My Happy End de Milen VitanovDe mon point de vue, un film se distinguait très nettement : My Happy End de Milen Vitanov, relecture moderne des cartoon à l’ancienne. Un vrai plaisir !

Quelques films de fin d’étude qui m’ont paru se démarquer : Camera obscura (grâce à un appareillage spécial, un aveugle se retrouve capable de revisualiser les principaux événements de sa vie), Muscleman (un hommage aux combats de robots géants des séries animées japonaises et autres sentai), Office noise (une vision drôle et pertinente des relations au travail), Questions pour un Champignon (court avec une très bonne chute), Oktapodi (cette course-poursuite entre deux poulpes produite par les Gobelins justifie pleinement le prestige de cette école), Hugh (une jolie légende indienne sur la persévérance et la “folie” nécessaire pour changer le monde, avec une mise en scène particulièrement intelligente), La Queue de la Souris (un conte des temps modernes, avec une souris qui doit user de milles astuces pour ne pas être dévorée par le lion de la forêt), Eskimo (ou la véritable nature des glaces que vous dégustez dans les cinémas), Tôt ou tard (quand un écureuil rencontre une chauve-souris solitaire).

Marine, de Mathieu ChaptelTerminons par une note qui intéressera mes lecteurs nantais : deux films produits à l’école Pivaut étaient en compétition… et ils m’ont très agréablement surpris. Au-delà de l’influence manga palpable dans les deux œuvres concernées (O Voo et Marine), la qualité de ces films (réalisé, chacun, par une seule personne) faisait plaisir à voir !

Maintenant, rendez-vous l’an prochain du 8 au 13 juin pour une nouvelle semaine très animée !

Pour aller plus loin

Isao Takahata à Nantes le 8 juillet 2008 !

12/06/2008 par Morgan

Dans le cadre de l’exposition “Mondes et merveilles du dessin animé. Grimault. Takahata. Miyazaki” à l’Abbaye de Fontevraud, Isao Takahata (réalisateur, entre autres, du Tombeau des Lucioles et de Mes Voisins les Yamada au studio Ghibli) viendra le 08/07/08 au cinéma Le Katorza à Nantes. Il présentera Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault à 18h00 puis Le Tombeau des Lucioles à 19h50 suivi d’une rencontre-débat.

Il sera possible de réserver des places au cinéma dès le mercredi 2 juillet (tarif plein : 7.50 euros ; tarif réduit : 5.80 euros ; 10 euros pour les deux films). Un rendez-vous à ne pas manquer !

Table-ronde autour du manga le jeudi 22 mai à la médiathèque Jacques Demy de Nantes

19/05/2008 par Morgan

J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter l’événement “Japon : du manga au cinéma d’animation” qui se tiendra pendant deux mois à la Bibliothèque Municipale de Nantes. J’ai collaboré à sa préparation et y prends part via différentes activités.

À commencer par une table-ronde qui aura lieu le jeudi 22 mai à 19h, dans la salle Jules Vallès de la médiathèque Jacques Demy. La thématique est volontairement un brin polémique : “Le manga : entre contingences commerciales et velléités artistiques“. Voici la note d’intention de cette rencontre à laquelle vous serez nombreux, j’espère, à assister :

Les mangakas (auteurs de bande-dessinée japonaise) sont connus pour leur impressionnante productivité. Ainsi Masashi Kishimoto, le créateur de la série culte Naruto, a déjà plus de 8000 planches à son actif alors qu’il n’a même pas 35 ans. Le studio Clamp, composé de 4 femmes, est capable de fournir un nouveau chapitre de sa série Tsubasa Reservoir Chronicle (21 pages !) en quatre jours. Il n’y a guère d’équivalent chez les auteurs européens. Phénomène éditorial connexe : le développement d’une série est fortement lié à la popularité de celle-ci au sein de magazines de prépublications. Pour qu’un titre ait une chance d’être publié sous forme de volumes reliés (comme c’est le cas en France), il doit susciter un véritable engouement de la part des lecteurs. Ce mécanisme - qui constitue un barrage filtrant éliminant ainsi les oeuvres sans véritable intérêt - s’avère toutefois être une prison dorée pour certains auteurs, contraints de poursuivre leur histoire tant qu’elle a du succès. Akira Toriyama, l’auteur bien connu de Dragon Ball, en est un exemple parmi d’autres. A contrario, d’autres (tel Hiroyuki Takei et sa série Shaman King) se retrouvent obligés de boucler leur série précipitamment car elle n’est plus suffisamment acclamée. Dans un contexte commercial fort, où les ventes de produits dérivés (figurines, livres d’illustration, jeux vidéos) ont de plus en plus importance, quelle place reste-t-il pour développer une véritable démarche artistique ? La bande-dessinée japonaise constitue-t-elle un simple produit de consommation ? Peut-elle malgré tout prétendre à marquer durablement l’art et la culture mondiaux ? Comment mettre en perspective le succès critique tardif de certains auteurs (à l’instar de Shigeru Mizuki et de son NonNonBâ primé en 2007 au Festival BD d’Angoulême) avec la vitalité du manga ?

Au cours de cette table-ronde qui verra se confronter les points de vue d’une journaliste (Nathalie Rézeau, du Kinorama), d’une dessinatrice de BD influencée par le manga (Rosalys) et d’un éditeur (Bruno Pham, pour Akata), nous dégagerons les points forts et les faiblesses du modèle créatif japonais.

Jeudi 22 mai à 19h
À la salle Jules Vallès de la Médiathèque Jacques Demy - 24 quai de la Fosse - 44000 Nantes
Entrée libre

Rencontre avec Manu Larcenet, auteur du Combat Ordinaire

13/05/2008 par Morgan

C’est un Manu Larcenet décontracté et affable que nous retrouvons dans un petit restaurant de Nantes, juste avant sa dédicace à la librairie Aladin. Il se plie de bonne grâce à l’exercice de l’interview et ce, même si plusieurs journalistes se sont déjà succédés pour le questionner sur son travail. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’une telle figure de la bande-dessinée contemporaine se déplace !

Rencontre avec Manu Larcenet à NantesUn petit flash-back pour commencer : Manu Larcenet a longtemps collaboré au magazine Fluide Glacial où il a fait ses premières armes. Parallèlement, il a développé différents projets pour des éditeurs aussi variés que Glénat, Dupuis, Delcourt… et bien entendu Dargaud (chez qui il signe Le Combat Ordinaire en 2003, probablement son oeuvre la plus connue) et Les Rêveurs (une structure associative qu’il a contribué à créer). Aujourd’hui, il ne publie plus que chez ces deux dernières maisons d’édition, chez lesquelles il dit se sentir particulièrement bien. Il y apprécie d’être bien traité, mais surtout, il est sensible au fait que, dans ces deux structures, “on trouve des gens qui aiment vraiment les livres“. Larcenet regrette ainsi que, chez certains, la BD ne soit plus vue que comme un produit commercial… tout comme il fustige le peu d’exigence de quelques éditeurs vis-à-vis des ouvrages qu’ils publient. L’auteur du Combat Ordinaire n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère quand il affirme que, pour lui, “il y a désormais 95% de merdes, de trucs à jeter.” La raison ? “Les éditeurs n’accompagnent plus suffisamment les jeunes auteurs sur leurs projets. Ils ne les mettent pas face à leurs erreurs. L’autre problème, c’est qu’un certain nombre de jeunes ont une vision faussée du métier : pour eux, ce qui compte, c’est la fin, autrement dit le fait d’avoir un album publié. Or, à mon avis, l’important est de réussir à raconter une belle histoire. Et ce que j’aime, c’est le travail pour y parvenir.

En parlant de travail, quelles sont les références de Larcenet ? Courbet, Cézanne et Picasso… autant de grands noms dont il admirait les tableaux lorsqu’il traînait au Musée d’Orsay à 15 ans. Larcenet poursuit alors en expliquant que, selon lui, leurs successeurs ne sont pas à chercher du côté de l’art contemporain, mais plutôt des auteurs de BD tels que Blutch et Reiser. Quelques échanges suffisent à sentir la passion de Larcenet pour l’art au sens le plus large, de la peinture au cinéma en passant par la musique.

Au delà des différentes formes artistiques, qu’en est-il du fond ?
Quand on se risque à lui rappeler que ses BD sont souvent perçues comme engagées, Larcenet se redresse et conteste : “Je ne fais que des BD non engagées. J’ai longtemps milité dans des groupuscules d’extrême-gauche, tel le Scalp, et je n’ai pas aimé ce que je devenais. Alors, bien entendu, mes albums sont le reflet de ma sensibilité. Mais je n’invite personne à suivre ce regard-là.” Et lorsqu’on évoque l’une des dernières scènes du Combat Ordinaire, les huit pages de discussions entre Marco et Pablo au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République, Larcenet est embêté qu’on la voit comme éminemment politique. “Si les lecteurs la perçoivent ainsi, c’est que j’ai raté quelque chose“, confesse-t-il avec une sincérité touchante. “Cette séquence, c’est simplement le discours d’un homme qui a trop bu, pour finir sur un passage de témoin entre Pablo et Marco. Car ce qui constitue véritablement le thème des quatre tomes du Combat Ordinaire, c’est la transmission.

Manu Larcenet en pleine dédicace à la librairie Aladin à NantesDevant un récit accordant une telle place à l’intime, il est tentant de rechercher les similitudes entre la fiction et la vie de l’auteur. Mais Larcenet se défend de toute velléité auto-biographique : “Plus jeune, j’ai fait de l’auto-biographie chez Les Rêveurs. Mais j’ai choisi d’aller au-delà. Le Combat Ordinaire n’est surtout pas de l’auto-biographie. Bien entendu, j’insère des éléments qui me tiennent à coeur. Je m’attache néanmoins à ne pas faire réagir Marco comme je le ferais moi-même. Et c’est justement jouissif de lui faire solutionner des problèmes que je n’ai, pour ma part, toujours pas solutionnés. Selon moi, il faut passer par la fiction pour accéder à une forme de vérité.” Et Larcenet de citer alors Lacan : “La vérité a une structure de fiction.

Ses projets ? Certainement un nouveau Retour à la Terre pour l’automne (Jean-Yves Ferri en termine le scénario), un projet plus expérimental pour Les Rêveurs et, bien entendu, Blast (série à paraître chez Dargaud). Ce dernier titre est le projet que l’auteur met actuellement le plus en avant, notamment sur son blog : la descente aux enfers d’un homme qui va mal, à mille lieux de la trajectoire plus lumineuse du héros du Combat Ordinaire. Mais quand on voit la richesse et la profondeur de Larcenet, on sait d’ores et déjà que, même en parlant de descente, il tirera ses lecteurs vers le haut.

Pour aller plus loin :
- la chronique du quatrième tome du Combat Ordinaire que j’ai publiée mi-mars et celle proposée par Nathalie Rézeau sur le site du Kinorama
- la retranscription de l’entretien donné par Manu Larcenet au Kinorama

Remerciements à Angèle Pacary (Dargaud), Nathalie Rézeau et Jean-Marc Vigouroux (Le Kinorama) pour avoir permis cette rencontre.

Paul à la campagne, de Michel Rabagliati

01/05/2008 par Morgan

Couverture de Paul à la Campagne de Michel RabagliatiAvec Paul à la Campagne, le québecquois Michel Rabagliati signait, en 1999, sa première BD. À l’époque, il n’imaginait sans doute pas que son personnage deviendrait le héros récurrent de plusieurs albums et que son oeuvre traverserait l’Atlantique pour rencontrer un joli petit succès d’estime en France.

Paul est un homme comme un autre, un père de famille qui aime se remémorer les moments marquants de sa jeunesse. Partir en vacances avec sa fille dans la région de son enfance lui donne l’occasion de revivre les expériences du passé : les journées tranquilles avec la tante Janette, les bêtises à l’école ou encore les parties de pêche avec le copain Alain. Nul épisode extra-ordinaire dans les récits de Michel Rabagliati, juste le talent de l’auteur pour mettre en relief l’épaisseur d’expériences en apparence anodines. Le Québecquois flirte avec le registre auto-biographique sans jamais tomber dans la platitude. Et sert à ses lecteurs des épisodes dans lesquels il fait bon se réfugier, à la manière d’une Madeleine de Proust.

Paul à la campagne, par Michel Rabagliati
Récit complet d’une série comprenant 5 tomes pouvant se lire indépendamment les uns des autres
Genre : récit de vie
À partir de 15 ans
Éditeur : Les Éditions de la Pastèque

Mon avis : Recommandé

Une chanteuse à découvrir : Berry

24/04/2008 par Morgan

Jaquette de l’album Mademoiselle de BerryVoilà près de 4 mois - depuis La Mécanique du Cœur de Dionysos - qu’aucun album de chanson française n’avait pas réussi à véritablement me toucher. Et c’est une demoiselle jusque là inconnue au bataillon qui aura réussi à me faire sortir de mon hibernation musicale dans le domaine. Berry, c’est son nom d’artiste, interprète des chansons douces et aériennes qui ne sont pas sans rappeler les ritournelles d’une autre belle de la nouvelle scène, Rose. Mais l’ensemble va au-delà des étiquettes : si l’orchestration emprunte au folk et les textes à la poésie (les deux dernières pistes mettent d’ailleurs en musique des écrits de Verlaine), cela n’empêche pas l’émergence de nouveaux métissages ou de sonorités inédites, tels ces surprenants chœurs africains sur Demain. Les morceaux sont fin, très bien ciselés et donnent à l’album un charme fou. Une jolie façon d’entamer le printemps et d’accompagner nos bonheurs présents et à venir !

Mademoiselle, par Berry
Genre : chanson française

Mon avis : Indispensable !

Bleach - Shattered Blade, sur Wii

21/04/2008 par Morgan

Jaquette de Bleach - Shattered Blade - sur Nintendo WiiTous les spécialistes de jeux vidéo vous le diront : rien n’est plus aléatoire que la qualité d’un jeu vidéo “à licence”, autrement dit inspiré d’un film ou d’une série à succès. Dans ce domaine, le pire (À la Croisée des Mondes) côtoie le meilleur (Dragon Ball Z Budokai Tenkaichi 3). Alors quand on voit débarquer en France, simultanément, deux adaptations vidéo-ludiques du manga à succès Bleach - l’une sur Nintendo DS, l’autre sur Wii -, la méfiance précède l’enthousiasme. À plus forte raison sur la Wii, dont les manettes sont à l’origine de grands succès (Rayman contre les Lapins Crétins) comme de retentissants échecs (le musical Boogie). Et les premières minutes de prise en main de Bleach - Shattered Blade -
ne sont pas là pour rassurer : les contrôles paraissent flous, les coups approximatifs et le système de jeu beaucoup trop simpliste. Les combats s’enchaînent, on fait un petit tour par le didacticiel… et on commence alors à véritablement saisir l’essence de ce jeu. On découvre les coups spéciaux (3 par personnage), les mécanismes permettant de créer des enchaînements, la transformation dans un mode de puissance supérieur (le fameux Bankai cher aux fans de l’œuvre de Tite Kubo) et le coup ultime propre à chaque protagoniste. On finit dès lors par comprendre que ce n’est pas un hasard si c’est un éditeur aussi réputé que Sega qui se cache derrière cette transposition sur Wii.

Si les commandes sont généralement communes à tous les personnages, ceux-ci disposent de spécificités suffisamment marquées pour se jouer de manière très différente : certains sont plus portés sur le corps à corps (Zaraki Kenpachi), d’autres sur le combat à distance (Uryu Ishida), tandis que les principaux héros de la série arborent un profil plutôt équilibré (Ichigo, Hitsugaya). Les graphismes ne sont pas en reste. Et même s’ils auraient pu être plus léchés, ils sont suffisamment réussis pour qu’on plonge véritablement dans l’univers du manga. Au final, ce Bleach - Shattered Blade - est une jolie réussite. Encore faut-il, pour s’en rendre compte, aller au-delà de premières impressions assez calamiteuses.

En bonus, voici ce à quoi on ressemble quand on passe un peu trop de temps à y jouer…

Bleach - Shattered Blade, sur Nintendo Wii
Genre : jeu de combat
Éditeur : Sega

Mon avis : Recommandé

Le Mont du Sud, de Pocket Chocolate

14/04/2008 par Morgan

Couverture du Mont du Sud, par Pocket ChocolateZhiqiang est un jeune adulte chinois qui n’arrive pas à se plier aux contraintes de rentabilité et d’efficacité que beaucoup d’entreprises ont pour seule ligne de mire. Alors il se trouve contraint de démissionner de son énième job. Un peu perdu, il tombe par hasard sur l’annonce pour un grand concours de photographies. Une coïncidence qui réveille en lui son rêve d’enfant de devenir photographe professionnel. Il avait d’ailleurs promis à son amie de jeunesse de se rendre avec elle au Mont du Sud, un lieu magique où des souhaits sincères peuvent se réaliser, endroit qu’il désire désormais immortaliser. En retournant sur les traces de ses rêves passés, Zhiqiang se redécouvre. Une trame cousue de fil blanc qui passerait totalement inaperçue si elle n’était pas mise en images par Pocket Chocolate. L’auteur dépeint des personnages et des décors absolument magnifiques : on ne peut qu’être bouche bée devant chacune des planches du jeune artiste chinois.

Un beau conte asiatique, entre tradition et modernité, carcan social et aspiration à la réalisation de soi. Dommage, toutefois, que le dénouement soit expédié si rapidement.

Le Mont du Sud, par Pocket Chocolate
Récit complet en un tome
Genre : recherche de soi
À partir de 14 ans
Éditeur : Xiao Pan

Mon avis : Pourquoi pas ?

Japon : du manga au cinéma d’animation - Exposition et animations à la Bibliothèque Municipale de Nantes de mai à juillet 2008

08/04/2008 par Morgan

Comme vous le savez déjà, j’aime m’investir dans la préparation de nouveaux événements autour de la création dessinée. Mais je n’aime pas en parler trop tôt ; je préfère disposer d’éléments très concrets avant d’évoquer publiquement des projets en cours. Et justement, il est temps que je lève le voile sur une manifestation culturelle à laquelle je vais participer ce printemps.

Je prends en effet part à la préparation d’un événement autour du manga et de l’animation japonaise qui se tiendra à la Bibliothèque Municipale de Nantes entre mi-mai et mi-juillet. Je vous invite à prendre connaissance dès aujourd’hui du communiqué de presse correspondant (et reproduit ci-dessous). J’animerai une table-ronde (je vous proposerai de découvrir, dans les prochains jours, la note d’intention correspondante) et quatre séances de projection disséminées en mai et juin (ces séances seront précédées d’une présentation introductive des œuvres afin de les replacer dans leur contexte et de donner des repères culturels sur la société japonaise). J’espère que vous serez nombreux à faire le déplacement et à célébrer ainsi les 150 ans d’amitié entre la France et le Japon.

2008 marque le 150 ème anniversaire des échanges franco-japonais, dont traitera un colloque programmé à Nantes en juin dans le cadre du partenariat développé avec la ville de Niigata. S’inscrivant dans cette double actualité, et désireuse de faire connaître une des formes les plus actuelles et les plus créatives d’expression graphique, la Bibliothèque municipale se propose de montrer les origines culturelles et visuelles du manga japonais, de dégager des thèmes réunissant les principaux auteurs de mangas et réalisateurs de films d’animation, et de présenter les principaux studios d’animation.

Le premier à avoir utilisé le terme de Manga (composé de deux idéogrammes : man = exécuté d’une manière rapide et légère ; et ga = dessin) est au XIXè siècle,. Il y a des similitudes entre les caricatures les plus anciennes (rouleaux enluminés, estampes) et la bande dessinée moderne, le manga d’aujourd’hui : dans les sujets abordés, les manières de dessiner (dessins de Mizuki Shigeru par exemple). De même il y a une continuité identique dans le cinéma d’animation : plusieurs auteurs de mangas ont créé des studios d’animation (il en va ainsi de Miyazaki Hayao et de Takahata Isao avec les studio Ghibli) et les œuvres de papier sont souvent adaptées en dessin animé une fois qu’elles ont acquis une certaine renommée.
C’est en ayant en ligne de mire ce lien fort entre manga et animation que la Bibliothèque municipale de Nantes proposera une exposition dédiée au manga : ce sera l’occasion de balayer l’histoire de la BD japonaise, de mettre l’accent sur quelques thèmes réunissant mangas et cinéma d’animation et enfin de donner un coup de projecteur sur les principaux studios d’animation japonais.
Une programmation vidéo de films, séries ou documentaires sur l’animation complètera cette présentation.

Des animations sont prévues autour de cette exposition :
- Jeudi 22 mai 19h - Le manga entre contingences commerciales et velléités artistiques : table ronde animée par Morgan Magnin réunissant Nathalie Rézeau, journaliste BD pour le magazine Kinorama ; Rosalys, dessinatrice de BD fortement influencée par le manga ; Bruno Pham, éditeur de la société Akata qui travaille sur les mangas publiés par Delcourt

- Jeudi 5 juin 19h - De Hokusai à Tezuka, à la naissance du manga moderne : conférence de Sébastien Langevin

- Mercredi 28 mai à 15h – Samedi 31 mai à 15h – Mercredi 4 juin à 18h – Vendredi 27 juin à 18h : présentation par Morgan Magnin de séries animées japonaises autour des thèmes : Jeune Public, Quotidien Japonais, Histoire du Japon et Science-Fiction

- Ateliers d’initiation à la réalisation de dessin animé inspiré « manga » par l’école GraphiCréatis

- Samedi 24 mai à 15h - Speed booking autour des mangas : vous avez 5 mn top chrono pour convaincre de l’intérêt que vous avez porté au manga que vous avez choisi ! Au coup de sifflet, on change d’interlocuteur…

Japon : du manga au cinéma d’animation - exposition
Médiathèque Jacques Demy à Nantes
24 quai de la Fosse - 44000 Nantes
Du 20 mai au 12 juillet 2008

Entrée libre pour toutes les animations, sauf pour les ateliers d’initiation à la réalisation de dessins animés (3€ pour les Nantais, 6€ pour les autres)

Nanami T.2, de Nauriel, Corbeyran et Sarn

07/04/2008 par Morgan

Couverture du deuxième tome de NanamiDans le premier tome de Nanami, la jeune héroïne du même nom découvrait un mystérieux livre dont les écrits se matérialisaient dans le monde réel dans certains conditions. Ainsi, lorsqu’elle montait sur les planches pour répéter avec ses acolytes du théâtre des Quatre Vents, elle se retrouvait projetée dans une réalité alternative où chaque péripétie était vécue “pour de vrai”. Au cours de ce deuxième volet, Nanami continue d’explorer le champ des possibles, sans prendre encore bien conscience des enjeux dans lesquels elle est désormais impliquée. L’âge de raison viendra plus tard. D’ici là, elle doit apprendre à s’affirmer, à faire des choix et à mesurer la portée de chacun de ses actes. Le scénario de Corbeyran et Sarn peut ainsi être perçu comme le récit d’une adolescence, entre frustrations et rêves grandiloquents. Le théâtre sur lequel intervient Nanami est un espace d’affirmation privilégié. Cette expérience apporte à l’adolescente un éclairage nouveau sur elle-même ainsi que sur ses velléités d’indépendance.

Nanami est une très belle BD d’aventure à destination des 12-18 ans et, plus particulièrement, des adolescentes de cet âge. Le dessin de Nauriel est joli (et carrément enthousiasmant pour ce qui est des couvertures) et se marie parfaitement avec l’ambiance générale dépeinte par les scénaristes. Nauriel, Corbeyran et Sarn : un trio gagnant qui, espérons-le, parviendra à maintenir ce très bon cap jusqu’au dénouement de cette série !

Nanami T.2, par Nauriel, Corbeyran et Sarn
Série en cours, deux tomes parus sur quatre prévus
Genre : fantastique
À partir de 11 ans
Éditeur : Dargaud
Collection Cosmo

Mon avis : Recommandé

Hollywood Jan, de Bastien Vivès et Michaël Sanlaville

03/04/2008 par Morgan

Couverture de Hollywood Jan de Bastien Vivès et Michaël SanlavilleJan est en plein dans l’âge ingrat : l’entrée au lycée, les boutons d’acné et les filles qui commencent à faire tourner la tête des garçons. Il a l’habitude d’être laissé pour compte, moqué, stigmatisé. Alors quand la réalité devient trop dure, il sait qu’il peut se reposer sur ses amis d’enfance : Sylvester, Russel et Arnold. Une armada imaginaire toujours prête à rendre service. Jusqu’au jour où Jan va commencer à bâtir de vraies amitiés, ce qui ne manquera pas de provoquer l’ire de certains de ses compagnons d’antan.

Après Elle(s) qui lui aura valu de percer dans le monde de la BD, Bastien Vivès signe, avec Hollywood Jan, son deuxième album. Pour ce nouveau titre, il s’est adjoint les services de Michaël Sanlaville, un de ces complices. Ensemble, ils réalisent une histoire touchante sur la traversée de l’adolescence. Le dessin est vif, le découpage des planches nerveux et le morcellement de l’intrigue en courts chapitres permet de multiplier les tranches de vie. On sent bien que les auteurs se sont amusés avec leurs personnages, n’hésitant pas à grossir le trait quand ils dépeignent des scènes embarrassantes. L’ensemble est dynamique et se lit en toute fluidité. La collection KSTR, qui se revendique “rock’n roll”, débute l’année en haut des charts !

Hollywood Jan, par Bastien Vivès et Michaël Sanlaville
Récit complet en un tome
Genre : récit initiatique
À partir de 14 ans
Éditeur : KSTR

Mon avis : Pourquoi pas ?

Les 23h de la Bande Dessinée : dénouement et notes autour du scénario

01/04/2008 par Morgan

Même si les 23h de la BD étaient finies, Rosalys a investi beaucoup d’énergie dans les dernières planches de notre histoire Workaholic. Vous allez désormais pouvoir découvrir le dénouement de l’intrigue. Assez parlé, place aux planches. On se retrouve plus bas pour évoquer mes intentions concernant le scénario de cette BD.

Planche n°13 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°14 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°15 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°16 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°17 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°18 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°19 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°20 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°21 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Planche n°22 de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Quatrième de couverture de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Comme je l’ai précisé dans le feu de l’action, j’ai commencé les 23h de la BD en faisant des recherches autour du thème qui était proposé, à savoir “Légende urbaine”. Les premières minutes de réflexion ont vu mes idées partir dans tous les sens. J’ai toutefois réussi assez vite à dégager les lignes directrices de mon scénario. Voici la première version du synopsis telle que je l’ai soumise à ma dessinatrice à 13h45 :

Une société en informatique. Des gens qui travaillent beaucoup. Beaucoup de pression.
Il est tard. Une jeune femme de 30 ans fait des heures sup’. Elle va prendre un coca au distributeur (la question qui surviendra plus tard, c’est : est-ce vraiment du coca ?). Il y a de l’orage. Un fantôme lui apparaît. Lui dit de la rejoindre/lui fait prendre conscience que le travail la bouffe. Option comique possible : le fantôme avertit l’héroïne de la manière suivant “Attention, tu risques de te retrouver dans l’Enfer des Vierges après ta mort !” (référence à Stairway to Heaven).
Le lendemain, elle pose sa démission. Elle disparaît (planches 12-14/22). Ensuite beaucoup de “on-dit” au sein de l’entreprise. Suspense. Certains pensent qu’elle s’est suicidée.
Une légende urbaine se développe au sein de l’entreprise : “si on travaille avec trop d’acharnement, on risque de mourir.”
Dans les dernières planches, on apprendra ce qu’est devenue la jeune femme : elle prend le temps de vivre, s’est trouvée un ami et se lance dans l’illustration.
Quant à l’entreprise, elle est un peu moins à la pointe, mais est toujours viable. Les salariés travaillent un peu plus tranquillement.

Vous constaterez que certaines pistes ont été abandonnées (j’ai hésité à ajouterdes éléments comiques). D’autres se sont affinées. En particulier, je souhaitais proposer :

  • Une critique sur la société : en l’occurrence, dénoncer le productivisme forcené qui conduit certains individus à s’oublier. Un sujet proche de l’actualité, et plus particulièrement de la vague de suicides qui touche actuellement certains constructeurs automobiles. La pénibilité du travail et le stress auquel sont souvent exposés les salariés des grandes entreprises constituent des sujets de réflexion qui me tiennent à cœur ;
  • Une (brève) réflexion sur la manière dont se construit une “légende urbaine” (d’où l’importance des “on-dit”) ;
  • Un message optimiste ;
  • Du suspense : il s’agissait de piquer la curiosité de ceux qui liraient les planches une par une au fil des heures. Il me paraissait donc important d’entretenir le mystère quant aux causes de la disparition de l’héroïne ;

Je me suis ensuite attaché à affiner le synopsis, à mettre du liant entre les différents éléments… et à préciser, planche par planche, le découpage de l’histoire (ceci afin de bien maîtriser la contrainte des 22 pages). J’ai ensuite storyboardé les planches une par une en proposant un découpage en cases, en mentionnant précisément ce qui devait s’y passer et en écrivant les dialogues. Dans une BD, j’accorde beaucoup d’importance à la fluidité des propos tenus par les personnages - j’ai donc apporté un soin particulier à la façon de parler des héros de Workaholic.

L’apparition du “fantôme” en a surpris certains, jusqu’à ma dessinatrice. Mais il s’agissait d’un facteur de suspense qui m’était cher. En créant une ambiance un brin oppressante (avec orage et coupure d’électricité), je faisais un clin d’œil appuyé aux films de fantôme. Et pouvais ainsi faire croire à mes lecteurs qu’un spectre prenait vie sous les yeux effarés d’Amina.

Ce “gardien d’une terre maudite” existe-t-il vraiment ? Quelles sont ses véritables intentions ? Je tenais à laisser ces questions ouvertes. Car là n’est pas, de toutes manières, l’essence du récit. Qui plus est, le propre de nombreuses légendes urbaines est de reposer sur des faits relativement flous, équivoques. Plusieurs interprétations sont possibles et chaque lecteur a la possibilité de se faire son propre avis sur la question : Amina, de par sa grande fatigue, était-elle plus sensible pour entrer en contact avec des entités paranormales ? A-t-elle été simplement victime d’hallucinations ? Quelle est l’origine du “gardien” ? Pourrait-il être un esprit comme ceux qu’on croise dans les œuvres de Hayao Miyazaki (à l’instar des divinités du Voyage de Chihiro) ? Que souhaite-t-il protéger ?
Beaucoup de questions restent ainsi sans réponse, concourant à bâtir une rumeur bien au-delà de la seule disparition d’Amina.

Ces interrogations ne devaient toutefois pas parasiter le reste du message. D’où le soin accordé à la “transformation” d’Amina, à la fin de la BD. L’héroïne est passée très près d’un drame. Elle a retenu la leçon. Et elle est redevenue maîtresse de sa vie, de ses envies. Elle a recentré son existence sur ce qui a vraiment de l’importance pour elle. Un élément anecdotique parmi d’autres permettait de l’illustrer : désormais, elle prend le temps de boire du café. La trajectoire d’Amina nous invite ainsi à une certaine sagesse : ne pas s’oublier, savoir s’écouter quelles que soient les pressions extérieures.

Je conclurai en mentionnant simplement le grand plaisir pris dans cette aventure. Et la joie de voir mon histoire mise progressivement en images par Rosalys. Une expérience que j’espère avoir l’occasion de renouveler prochainement.

Workaholic, l’intégralité des planches

01/04/2008 par Morgan

Vous trouverez, dans ce billet récapitulatif, l’intégralité des planches que Rosalys (au dessin) et moi-même (au scénario) avons réalisées dans le cadre des 23h de la bande-dessinée. Sur le thème imposé de la “légende urbaine”, notre volonté a été de créer une œuvre d’inspiration jôsei manga (manga pour jeunes femmes adultes) jouant avec les apparences.

Titre : Workaholic
Format : 24 planches A5 noir & blanc
Genre : Jôsei manga
Thème : Société, travail, “légende urbaine”

Dessins : Rosalys
Scénario : Morgan Magnin
Réalisé durant les 23 heures de la bande dessinée

La page de titre de WorkaholicPlanche n°1 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°2 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°3 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°4 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°5 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°6 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°7 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°8 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°9 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°10 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°11 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°12 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°13 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°14 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°15 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°16 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°17 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°18 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°19 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°20 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°21 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninPlanche n°22 de Workaholic, par Rosalys et Morgan MagninQuatrième de couverture de Workaholic, par Rosalys et Morgan Magnin

Si vous souhaitez en savoir plus sur la genèse de cette histoire, je vous invite à lire les billets correspondant publiés sur nos blogs respectifs.

Son point de vue de dessinatrice

Mon point de vue de scénariste